Adultes

Eos – G.D. Arthur

EosBon. Autant commencer par ça : je crois que je n’ai rien compris à ce livre. Rien de rien. Je n’ai même pas compris pourquoi les éditions Mnémos nous le présentent comme leur coup de cœur fantasy 2016. Parce que j’en ai déjà lu de la bonne fantasy chez Mnémos, même avec des primo-romanciers, à l’exemple de Fabien Cerutti dernièrement. Mais là, je suis dans une totale incompréhension.

Ça commence mal avec un premier chapitre s’ouvrant sur une description architecturale toute en toises et en portes occidentale et orientale. Puis des sortes de textes, peut-être des poèmes ésotériques, peut-être des prières, peut-être des descriptions… un dernier en gras. Rien compris. Je continue, peut-être est-ce un appât…

On suit un groupe de trente-deux personnes fuyant la société pour fonder une communauté loin du pouvoir et des impôts. Un beau val s’ouvre à eux et à leur utopie, non dénuée de quelques tensions entre certains. Eos lui nage dans le bonheur : adolescent un peu niais, il file le parfait amour avec son cousin Lucran et la belle Liara. L’amour à trois, l’amour libre et la possibilité de le vivre au grand jour, quel pied ! Tout ce monde-là s’installe, travaille, se chamaille, se reproduit : la vie en communauté.

Eos est un jour envoyé en ville pour valider des formalités administratives. Un maître archer lui confie un arc et des flèches, ce qui tombe vraiment bien car sur le chemin du retour il est attaqué par deux sales types. Le gentil adolescent se mue alors en affreux boucher qui s’acharne à coups de flèches et de hache sur ses agresseurs. Il ne se reconnaît plus lui-même, ni d’ailleurs les habitants. Le lecteur lui demeure sceptique face à une telle mutation. Jusqu’au jour où le Val-de-la-Lune est attaqué par des ouraorcs qui mettent le feu aux bâtiments et aux récoltes. Et c’est Eos le héros du jour qui va trancher dans l’ouraorc comme le plus aguerri des guerriers. Il faut bien constater qu’Eos cache en lui un être assoiffé de sang.

Bon. Ok. Pourquoi pas. Mais j’ai déjà un peu de mal…

Je vous passe les détails mais sachez qu’Eos entre en possession de figurines sacrées disparues depuis plusieurs années. Sacrées et convoitées.  C’est là que l’intrigue m’a perdue, je crois. Car les gentils villageois vont quitter leur vallon et être les jouets de diverses factions. Et je n’ai pas compris quelles étaient les aspirations des diverses castes religieuses en présence. Pas plus que motivations des deux clans politiques. Pourquoi veulent-ils les figurines ? Pourquoi la République veut-elle manipuler les Célestes ? Quelle est cette voix qu’on entend ? C’est qui le génie d’Ombre ? C’est quoi le Graüll ? Eos est-il possédé ? Est-on censé avoir tout compris à la fin de ce volume (présenté comme un one shot)?

S’il n’y avait que ça, j’en conclurais que cette histoire au parfum de fantasy new age n’est pas pour moi.

Mais voilà, il y a un problème d’écriture. Sans doute, G.D. Arthur a un style bien à lui. Sans doute, on peut le qualifier de poétique. Moi pas. Exemple à travers une scène de sexe :

Eos se rompt dans l’enceinte de vie que lui offrent ses autres-moi. Flux de larmes d’abord, irrépressibles. Bientôt suivi d’ondes de crispation parcourant sa carcasse, spasmodiques, telluriques. Etre tremblant soumis au jaillissement d’un désir vibrant, arc résonnant aux pulsions de survie charnelle d’impérieuse urgence.
Eos prend possession du corps de Liara comme une vague déferle sur la grève. Les habits sont emportés comme varech sur l’estran, sans opposition concevable. Liara se laisse submerger, sa pitié noyant tout résidu de dignité.
Le garçon geint dans l’ébat mais le plaisir n’est pas convoqué. Le garçon gémit dans l’effort car la souffrance s’est incarnée. Le garçon ahane dans l’assaut car c’est à présent un combat.
Ce n’est plus un ébat. C’est peut-être un enfantement. Eos par Liara lucidement re-enfanté.

On me dira que les scènes de sexe sont difficiles à écrire. Soit. Mais à l’impossible nul n’est tenu.

G.D. Arthur a des tics d’écriture, des inversions grammaticales (nom – adjectif) récurrentes et agaçantes, des absences systématiques d’articles, des allitérations, assonances et rimes trop voyantes : tout un attirail poétique clinquant qui alourdit considérablement un texte par ailleurs souvent maladroit. On lit par exemple « Merci de m’avoir épargné de ça » ou « elle le frappe des poings sur le torse en l’agonisant de reproches ».
Pour tenir le lecteur informé de certains faits, un personnage demande à un autre : « Rappelle-moi comment l’oncle l’avait découvert… » et les souvenirs reviennent à la mémoire d’un autre avec ces pataugas : «… murmure, songeur, Urien en récapitulant pour lui – donc par bribes – les événements des mois écoulés ». Comment peut-on encore user de telles ficelles ?

Aussi, arrivée à 250 pages de cette prose, je n’ai plus envie de faire d’efforts quand je lis : « Eos a du mal à détacher son regard de cette pointe à section carrée qui aurait dû de lui en terminer ».

Il y a une incompatibilité entre le style de G.D. Arthur et mon entendement. Ce qui laisse à tous les autres lecteurs qui l’apprécieront la possibilité de se réjouir de la venue d’un nouvel auteur de fantasy. Que son éditeur n’hésite pas à comparer à Glen Cook et Terry Pratchett. Je supplie tous les lecteurs satisfaits de la découverte de m’expliquer au moins cette incroyable comparaison.

 

Eos, G.D. Arthur, Mnémos, mars 2016, 313 pages, 20€

 

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