Une histoire naturelle des dragons – Marie Brennan


Histoire naturelle des dragons

On croyait la mode des dragons un peu passée, et voilà que nous arrive le roman de Marie Brennan qui les remet à l’honneur. Cependant, la couverture attirera d’emblée l’attention des plus soupçonneux : le dragon semi-écorché dessiné par Todd Lockwood laisse présumer du meilleur. Et en effet, l’américaine nous propose un récit tout à fait original, celui de la jeune Isabelle, férue d’histoire naturelle et bien décidée à ne pas se laisser enfermer par les principes de son temps.

Son temps ? Une période indéterminée mais qui ressemble à l’Angleterre victorienne. Issue d’une famille d’aristocrates, Isabelle est élevée par une mère convenable et un père qui ne saurait rien lui refuser. Dès son plus jeune âge, elle comble sa solitude en observant la nature qui l’entoure et plus particulièrement les lucions, petits dragons répandus dans son pays. Elle lit en douce les ouvrages d’histoire naturelle de son père et participe à sa première chasse aux dragons déguisée en garçon à l’âge de quatorze ans. Bref, la demoiselle n’a pas froid aux yeux.

Quand arrive le moment de la marier, il est évident qu’Isabelle n’est pas une jeune fille comme les autres. Son esprit libre et son aspiration au savoir ne font pas d’elle la candidate idéale auprès des nobles locaux.

Je voulais, en fait, vivre la vie intellectuelle d’un gentleman – ou m’en approcher autant que possible.

Heureusement pour elle, elle épouse un jeune homme (et pas un vieil aristocrate, première chance) intéressé lui aussi par les dragons. D’ailleurs ils se rencontrent dans un zoo qui en renferme quelques-uns. Ces spécimens ne sont cependant pas au mieux de leur forme, supportant mal la vie en captivité.

Manipulatrice née, Isabelle la jeune mariée va partir en expédition avec Jacob son mari et lord Hilford le vieil aventurier, pour une expédition de recherche sur les dragons de Vystranie. Qu’est-ce qui pousse les dragons de cette lointaine région à attaquer les humains ?

Et voilà le lecteur transporté lui aussi dans les pas de cette femme intrépide et déterminée. Elle ne veut pas se plier aux codes de son sexe et de son époque et sait suffisamment jouer de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut. Devenue vieille, elle raconte sa jeunesse avec un certain recul qui lui permet de porter un jugement parfois humoristique sur son passé. Le récit à la première personne crée instantanément une proximité avec elle : elle nous est rapidement familière. Familiers également les décors de l’expédition qui ne sont pas sans rappeler les Carpates de Bram Stoker avec ses montagnes et ses paysans superstitieux aux prises avec des événements incompréhensibles.

Tout fonctionne dans ce roman, premier tome d’une série : l’héroïne forte qui se débarrasse du carcan social et les trépidantes aventures d’une expédition à l’anglaise (le lord emmène avec lui son fauteuil préféré…). Avec bonheur, Marie Brennan s’est débarrassée de tout l’attirail de la fantasy pour brosser une histoire naturelle des dragons dans un univers pseudo-victorien qui fonctionne à merveille. Le ton mêle confidences et récit d’aventure. Il n’est pas dénué non plus d’un certain suspens puisque nos aventuriers découvrent entre autres les ruines d’une civilisation draconienne : quelle était-elle ?

Un lucion

Un lucion

Le monde d’Isabelle Camherst peuplé à certains endroits de dragons a tout du nôtre : ces créatures généralement présentées comme merveilleuses ne sont ici que des animaux parmi d’autres, en voie de disparition pour certains. Ils partagent la vie des humains, certains restant plus ou moins cachés.

De fait, on serait plus dans le fantastique que dans la fantasy puisqu’il n’y a point de magie ici. Et si on se laisse prendre au jeu, on a même affaire à un compte-rendu d’expédition scientifique, ou plutôt à la formation d’une jeune naturaliste, dessins à l’appui. Darwin en jupon ?

Si vous êtes las des romans de dragons, ne vous détournez cependant pas de ce roman, vous passeriez à côté d’une belle réussite qui donne déjà envie d’en savoir plus sur la vie de cette intrépide lady Trent.

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Une histoire naturelle des dragons. Mémoires par lady Trent (A Natural History of Dragons, 2013), Marie Brennan traduite de l’anglais (américain) par Sylvie Denis, L’Atalante, février 2016, 349 pages, 21 €

 

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Bon. Autant commencer par ça : je crois que je n’ai rien compris à ce livre. Rien de rien. Je n’ai même pas compris pourquoi les éditions Mnémos nous le présentent comme leur coup de cœur fantasy 2016. Parce que j’en ai déjà lu de la bonne fantasy chez Mnémos, même…

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15 commentaires sur “Une histoire naturelle des dragons – Marie Brennan

  • lutin

    C’est le deuxième avis qui confirme que j’ai bien fait de l’acquérir celui-ci. De plus, la couverture est belle et élégante. Cela ne gâche rien.
    Ta critique me donne envie de m’y plonger tout de suite. Hélas, il faut que je finisse les 3 romans en cours…. ( qui font plus de 2000 pages ensemble). Cela ne serait oas raisonnable d’entamer un 4°.

    Son tour sera prochainement. As-tu une idée de la suite ?

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      A la fin de son premier tome, elle a environ 20 ans, et quand elle écrit, elle est une vieille dame. J’imagine donc qu’elle va s’aventurer dans d’autres expéditions aux quatre coins de son monde. Il lui arrive quelque chose à la fin de ce tome qui risque de la calmer un peu…
      Lire 3 livres en même temps, je n’ai jamais fait ça… me faudrait trois cerveaux…

      • lutin

        J’en ai un dans mon sac à main qui m’accompagne partout et je suis parée pour toute attente interminable. Un autre qui ne me sert que pour m’endormir, et enfin un dernier qui est le livre que je lis si je puis m’exprimer ainsi. Celui pour le coucher est généralement léger et adapté à l’endormissement – on évite monstres, horreur, tensions, ect…

  • Lupiot

    Je crois que je ne serai jamais lasse des (bonnes) histoires de dragons, et celle-ci, tu nous la vends vraiment bien. Je n’ai pas cliqué tout de suite, pensant à tort que le titre « Une histoire naturelle des dragons » allait renvoyer à un pseudo manuel de dragonologie comme on en a vu quelques-uns, notamment en jeunesse. Titre trompeur ! (Pas très stratégique, comme choix, ça sent l’essai à plein nez O.o)
    Entre l’époque victorienne (qui peut surfer sur la tendance steampunk et séduire ainsi pas mal de lecteurs), le côté héroïne libre, et l’approche assez inédite de l’univers fantasy/fantastique qui entoure les dragons, vraiment, le roman a l’air très intéressant !
    Un mix entre Adèle Blanc-Sec, Lady Helen et les Robin Hobb :p
    Merci pour ta chronique !

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      On dirait que tu l’as déjà lu 🙂 C’est vrai qu’il faut avoir le livre en main pour constater que ce n’est pas un de ces « manuels » que tu cites et qui ont effectivement fleuri il y a quelques années. C’est une bonne surprise ce roman, j’espère que le bouche-à-oreille (les blogs) le fera connaître.

  • Lorhkan

    Darwin en jupon et corset donc.
    Je ne suis pas très victorien dans l’âme, ceci dit le texte semble avoir pas mal de qualités pour convaincre. Seul problème : l’impression de se lancer dans une série en je-ne-pas-combien-de-tomes-mais-sans-doute-beaucoup…Pourquoi pas, je le note.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je ne sais pas combien de tomes non plus mais cette histoire du premier est un tout et même si on devait en rester là, ça ne serait pas incohérent. Et ça n’est pas vraiment du victorien, c’est de l’arrangé, ça pourrait plaire (regarde le rhum…)

  • Liacre

    Je viens de le finir , ç’a été un vrai plaisir de lecture, vivement la suite, la série compte si je ne m’abuse , 5 romans qui devraient paraitre en deux ans.