Le camp – Christophe Nicolas


Le campCe roman-là m’a prise le premier jour du printemps et m’a scotchée tout le dimanche dans mon fauteuil. A peine si j’ai mangé. Il fallait que je sache. Que je sache ce qui était arrivé à Cyril, au gendarme et ce qu’allait devenir Marie. Le camp est le suspens le plus prenant que j’ai lu depuis bien longtemps. Et plus j’avançais dans ma lecture, plus je me disais : j’espère que la fin vaut le coup, j’espère que la fin vaut le coup… Doigts croisés. Car rien n’est plus triste qu’un feu d’artifice qui se termine sur un pétard mouillé, non ?

Dans une première partie, complètement immersive, le lecteur suit trois fils narratifs. Cyril arrive avec Flora au hameau de La Draille, dans les Cévennes. Il aide son amie à emménager et Marie, sa compagne, viendra les retrouver le lendemain. Elle arrive effectivement le lendemain à la gare perdue de Chambaux. Contrairement à ce qui était prévu, Cyril et Flora ne sont pas à l’arrivée du train. Elle se rend par ses propres moyens à La Draille et là : personne. Les maisons sont toutes vides, portes ouvertes, sauf un bébé abandonné dans son lit et un vieux mort d’une crise cardiaque. Arrive le boulanger qui constate avec Marie qu’il n’y a personne et appelle la gendarmerie.
Le troisième récit a lieu six ans plus tôt, lorsque deux chasseurs trouvent un cadavre dans les bois, près du camp militaire du causse. L’adjudant Francis Le Gall se rend sur les lieux  et ce qu’il découvre l’inquiète et le terrifie : le cadavre est rachitique, pâle, malformé. Il porte un collier métallique autour du cou. Le lecteur a fait la connaissance de cet homme peu avant qu’il meure puisque le premier chapitre raconte sa fuite hors du camp dans lequel il était enfermé. Le camp militaire du causse ? C’est ce que le gendarme veut savoir. Il décide donc d’entrer dans ce camp classé secret défense et d’en inspecter les installations. Mais ça ne va pas se faire tout seul.

A la fin de cette première partie, le lecteur est complètement à la merci de l’auteur et de son suspens. Car Cyril et tous les habitants du hameau ont été enlevés et se trouvent tous enfermés dans un caisson totalement étanche. Ils sont nourris et régulièrement nettoyés mais ne savent pas où ils se trouvent ni pourquoi ils sont enfermés. Et le lecteur non plus. Pas plus qu’il ne sait ce que l’adjudant Le Gall, qui a réussi à entrer dans le camp, a découvert en s’introduisant par un soupirail dissimulé sur le plateau. La seule chose qu’il sait, c’est que six ans plus tard, au moment de la disparition des habitants du hameau, il est devenu un alcoolique invétéré que tout le monde évite.

Christophe Nicolas entretient à merveille son suspens, notamment grâce à des ellipses narratives terriblement anxiogènes. Le lecteur s’inquiète du sort de personnages qui évoluent avec réalisme et cohérence, notamment grâce à des dialogues très naturels et efficaces.

Lecteur mon ami, toi qui souhaites découvrir ce roman dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire sans en savoir trop : ne lis pas la suite de ce billet et va vite chez ton libraire.

Ce qui se passe par la suite est étonnant. Les disparus réapparaissent, libérés par leurs ravisseurs dont ils ignorent tout. Pour eux, deux jours se sont écoulés. Dans la réalité, sept mois. Si « les disparus de La Draille » ont défrayé la chronique, le pays est depuis passé à autre chose d’autrement plus grave : des météorites se sont abattues sur de grandes villes du sud dont Montpellier et la région vit en état de siège. Plus d’électricité, plus d’eau. La population a été évacuée, mise en quarantaine dans des stades ou autres grands bâtiments publics avant d’être entassée dans des camps. Marie est du nombre. L’armée explique que les météorites ont déclenché des vapeurs toxiques. Elle a confiance, elle obéit, mais s’inquiète de plus en plus de l’attitude hostile des soldats et du manque total d’explications officielles.
Cyril et les autres ont du mal à faire accepter leur histoire par les quelques personnes qu’ils rencontrent, des gens qui ont refusé l’évacuation. Avec quelques disparus, il décide de se rendre à Montpellier pour retrouver Marie. Sa route va croiser celle de l’adjudant Le Gall.

Les pages tournent et tournent encore, de plus en plus fébrilement : il faut une explication. Quand elle arrive, elle est effectivement effrayante et relève à 100% des littératures de l’Imaginaire. Ce qui pourra décevoir les plus rationalistes. J’ai failli être déçue avant d’arriver aux ultimes pages et de conclure que ce roman est surtout une fable qui met en scène une morale, au sens de La Fontaine. Une fable sur ce que l’Homme peut faire de sa liberté, sur ce qu’il choisit de sacrifier à l’intérêt économique. L’Homme face à sa conscience. Jusqu’où doit aller l’obéissance, si vile ? Vaste et ambitieux sujet qui justifie les ressemblances entre les camps de quarantaine et ceux de la Seconde Guerre mondiale.

La portée du roman dépasse donc les enjeux d’un simple suspens, même complexe… Au plaisir de lecture s’ajoutent quelques pistes de réflexion qu’il est toujours bon d’arpenter en temps de paix car on n’est jamais à l’abri d’une météorite ou d’un… non, j’ai promis de ne pas vous le divulgâcher : lisez donc Le camp et ne le commencez pas le soir au coucher car c’est la nuit blanche assurée !

Christophe Nicolas sur Mes Imaginaires

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Le camp, Christophe Nicolas, Fleuve Éditions (Outre Fleuve), mars 2016, 397 pages, 19,90€

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2 commentaires sur “Le camp – Christophe Nicolas

  • Herveline

    Christophe a fait un sacré bout de chemin de puis l »Autre » qui souffrait de pas mal de faiblesses liées en partie à un manque de corrections éditoriales mais qui avait été suivi par « Projet Harmonie » que j’avais vraiment aimé où son style s’affirmait déjà plus. J’avais été très emballée et ravie de voir que son travail s’améliore encore. Je n’ai pas encore lu Le camp mais ne saurait tarder à le faire.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je ne le connaissais pas du tout, même pas de nom avant de lire ce livre choisi, j’ose le dire, sur une couverture et un pitch alléchant. J’aime parfois me plonger dans un roman dont je ne sais quasi rien, être toute neuve et sans a priori, juste une envie. Quelle bonne pioche avec ce titre !