Fight Club – Chuck Palahniuk


Fight Club

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Nous sommes impatients de vous voir revenir parmi nous.

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Ainsi s’achève Fight Club, et il faut bien dire que depuis 1996 et ce premier roman de Chuck Palahniuk, notre patience a été mise à rude épreuve. Même s’il y a eu quantité d’épatants romans depuis, Fight Club, c’est quasi mythique, à tel point qu’il est interdit d’en parler… Mais enfin puisqu’on nous annonce une suite pour tout bientôt, il n’est que temps de vous refiler cette bonne adresse. Vous en ressortirez esquinté parce que ça castagne dur, mais c’est le prix à payer pour être admis.

Pour autant, je ne vous raconterai pas cette histoire parce qu’elle est irracontable. Si je commence par : « c’est l’histoire de deux potes qui ouvrent un club clandestin où les hommes viennent se taper dessus », ça a l’air simple dans les faits mais c’est déjà faux. C’est qu’il ne faut pas se fier à ce que nous raconte ce Palahniuk, ou plus exactement son narrateur. Sa technique préférée, c’est de nous mettre dans une situation, et de nous raconter ensuite par bribes comment on y est arrivé par les chemins les plus tordus.

Par exemple, vous avez envie de savoir pourquoi le narrateur fréquente des groupes de soutien pour le dysfonctionnement cérébral parasitaire, les tuberculeux, l’ablation des testicules, les parasites du sang… eh bien je ne vous le dirai pas. Pas plus que la raison pour laquelle son pote Tyler pisse dans le potage avant de le servir aux convives du resto chic qui l’emploie. Ce Tyler n’est d’ailleurs pas à cours d’idées puisqu’il met au point le projet Chaos, organisé en divers comités : incendie volontaire, agression, malfaisance et désinformation. De quoi faire exploser la société, avec l’aide des pains de nitroglycérine préparés dans la maison abandonnée de Paper Street. J’ajouterais bien qu’ils y fabriquent du savon à l’aide de la graisse liposuccée de la mère de leur copine Marla Singer, mais tout ça entrainerait bien trop d’explications…

Il y a en germe dans Fight Club bien des thèmes chers à Palahniuk : l’immense solitude de l’homme moderne, l’impossibilité de combler les besoins immatériels, le ridicule entassement de toujours plus de richesses, l’impossible révolte contre quelqu’un ou quelque chose car il n’y pas de coupable… Alors autant se taper sur la gueule, entre gens consentants, histoire de maîtriser sa vie le temps de quelques beignes. Pour pouvoir souffrir, pleurer, se sentir vivant nom de Dieu ! Car…

Si tu es du sexe masculin, si tu es chrétien et que tu vis en Amérique, ton père est ton modèle de Dieu. Et si tu ne connais pas ton père, si ton père se taille, s’il meurt ou s’il n’est jamais à la maison, qu’est-ce que tu crois à propos de Dieu ? […]
Tyler avait sa théorie là-dessus, à savoir, attirer l’attention de Dieu en étant mauvais valait mieux que de ne pas attirer l’attention du tout. Peut-être parce que la haine de Dieu est préférable à son indifférence.
Si vous aviez à choisir, admettant que vous puissiez être le pire ennemi de Dieu ou rien du tout, que préféreriez-vous ?

Drôle d’humour, un humour à pleurer tant il frappe juste là où notre ridicule fait mal. Il y a de nous, pauvres survivants de la société moderne dans chaque personnage de Palahniuk : ils essaient de s’en sortir, d’avoir l’air cool ou d’avoir l’air fort, mais ils sont tous paumés, abandonnés sans boussole dans un monde tout prêt à les piétiner pour attraper la plus grosse voiture. Pas facile de s’en sortir sans s’en prendre plein la tronche.

Chuck Palahniuk sur Mes Imaginaires

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Fight Club (Fight Club, 1996), Chuck Palahniuk traduit de l’anglais (américain) par Freddy Michalski, Gallimard (Folio SF n°95), 2002, 290 pages

 

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Le photomontage en couverture de La Faim du loup pourrait laisser penser que nous avons affaire à un roman gothique, avec château enneigé dans une lande battue par les vents où résonnent des hurlements sinistres. Avec jeune fille en danger ou mystérieuse louvetière selon votre imagination. Il n'y a rien…
Ce roman-là m’a prise le premier jour du printemps et m’a scotchée tout le dimanche dans mon fauteuil. A peine si j’ai mangé. Il fallait que je sache. Que je sache ce qui était arrivé à Cyril, au gendarme et ce qu’allait devenir Marie. Le camp est le suspens le…

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11 commentaires sur “Fight Club – Chuck Palahniuk

  • Ingannmic

    Je n’ai pas lu celui-là et je ne savais pas qu’une suite était prévue, c’est donc peut-être en effet le moment de m’y mettre…
    J’ai en revanche vu le film, qui m’a marquée. J’aime beaucoup cet auteur, et son ton original, drôle et très cinglant, même si certains de ses titres sont tellement trash que je n’ai parfois pas pu en venir à bout (je n’ai pas dépassé les trois premières nouvelles du recueil A l’estomac, les intestins aspirés par la bonde d’une piscine ont été la limite de ce que j’ai pu supporter)..

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ah mais je n’ai pas lu A l’estomac et à te lire là tout de suite, je le regrette ! Mais c’est surtout le tout dernier qui me tente, Orgasme, ça promet du meilleur, un peu comme dans Snuff. Quant à la suite de Fight Club : c’est une bande dessinée dont il a écrit le scénario.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ah mais oui là, il faut faire quelque chose… Je ne vois même pas comment on peut passer une vie loin de Palahniuk. De toute façon, je viens d’acquérir Orgasme et j’ai bien l’intention de lire la suite de Fight Club donc tu n’as pas finis d’en entendre parler ici : je vais bien finir par convaincre 😀

  • lutin

    Justement c’est ce drôle d’humour dont tu parles qui me chagrine. Le livre – comme son résumé – semble très sombre, voire déprimant. Généralement j’écarte les trucs trop lugubre qui donnent trop le blues.
    Et cela à l’air le cas ici ou pas ?

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Le fond est sombre, pas de doute, mais la façon dont c’est raconté est drôle, certains romans sont même carrément hilarants (à mes yeux). C’est donc de l’humour très spécial : faut goûter pour savoir si tu apprécies…