La faim du loup – Stephen Marche


La faim du loupLe photomontage en couverture de La Faim du loup pourrait laisser penser que nous avons affaire à un roman gothique, avec château enneigé dans une lande battue par les vents où résonnent des hurlements sinistres. Avec jeune fille en danger ou mystérieuse louvetière selon votre imagination.

Il n’y a rien de tout ça dans ce roman de Stephen Marche. Quelques loups et quelques jeunes filles, oui, mais rien à voir avec le gothique. On plonge ici dans l’univers d’une famille riche, très riche, les Wylie, huitième fortune du monde. Un de ses membres est retrouvé dans la neige aussi nu que mort. Pourquoi ? Comment ? C’est ce que James Cabot, narrateur, tente de découvrir. Journaliste en galère, il a besoin d’un sujet tape-à-l’œil pour se remplumer et continuer de vivre à New York, car il ne voit pas où il est possible de vivre ailleurs. Il est prêt à coucher pour ça. Il connaît les Wylie puisqu’ils ont une maison dans la province d’Alberta, au Canada, d’où lui-même est originaire.

On suit la famille Wylie depuis Dale, le grand-père du cadavre dans la neige. Lui n’a rien, c’est un petit représentant de commerce qui passe sa vie sur les routes pour faire vivre sa famille. Trois jours par mois, au moment de la pleine lune, il devient un loup. Comme plus tard son fils, il s’enferme et attend que ça passe. Puis il reprend le train des affaires et construit la fortune familiale en achetant des journaux après la crise de 29 : un titre après l’autre, il bâtit un empire aux Etats-Unis, puis au Canada et en Grande-Bretagne.

La Faim du loup, c’est ça, l’histoire de la construction d’un empire multinational. On peut dire que la lycanthropie n’est qu’une anecdote dans la vie des Wylie, un petit problème qui se transmet de père en fils. Sauf que Ben, le dernier, n’en souffre pas. Pourquoi ?

Frasques, pognon, excentricités… tout ça est bien long. Dans une lettre à son fils, traditionnelle dans la famille pour expliquer la prochaine transformation en loup à l’adolescence, George écrit à Ben : « Moi aussi, j’ai passé ma vie à chercher […]. Ma quête m’a mené aux quatre coins du monde. Au Pérou, en Catalogne, dans le désert de Gobi, au Nigeria, à Oman, en Terre de Baffin, à Delhi, au Moyen-Orient, au-delà du rideau de fer. » Ah bon ? Moi j’aurais bien voulu lire l’histoire de cette quête plutôt que pas à pas l’enrichissement des Wylie puis l’inintéressante enquête du narrateur qui finit par coucher avec la femme richissime de son meilleur copain.

Je ne vois pas pourquoi l’auteur a fait de ses personnages masculins des loups-garous vu que ça n’a aucun intérêt pour l’histoire. Ils auraient pu souffrir de diabète, ça aurait été pareil : ils n’en font pas un plat, composent avec et basta. On peut évidemment établir un lien entre le loup et le capitaliste, mais c’est tout de même vraiment léger.

Ne vous laissez donc pas abuser par cette couverture…

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La Faim du loup (The Hunger of Wolf, 2015), Stephen Marche traduit de l’anglais (canadien) par Laure Manceau, Actes Sud « Exofictions », mars 2016, 302 pages, 22,50€

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