Le vin de la violence – James Morrow


Le vin de la violenceDe retour d’une expédition sur Arete, quelques savants sont contraints de se poser sur Luta, planète dont ils ne savent rien. Ils la découvrent peuplée d’humains, lointains descendants d’une expédition portée disparue. L’accueil pourtant n’est pas des plus chaleureux : Kappie, l’anthropologue de l’équipe se fait capturer et dévorer par ce que les autres appellent bientôt des neurovores : des mangeurs de cerveaux. Avant que les survivants aient pu se mettre à l’abri derrière une grande muraille, le chimiste de l’équipe subit le même sort. Restent Burne, archéologue et Francis Lostwax, entomologiste.

Derrière la haute muraille vivent les Quetzaliens qui depuis plus de deux siècles se sont ainsi enfermés pour vivre en paix. A l’abri des mangeurs de cerveaux, ils ont développé une société pacifiste où machines et technologies sont interdites. Le mensonge et la violence également. Selon la philosophie quetzalienne, un père peut laisser un agresseur tuer ses propres enfants sous ses yeux. Burne lui ne peut pas. C’est pourquoi il tue l’un des deux neurovores qui ont réussi à entrer dans la cité en même temps que les explorateurs et prend en chasse le second, bien déterminé à le trucider lui aussi.

Les deux savants survivants se trouvent confrontés à un monde qu’ils ne comprennent pas et qui fait naître bien des contradictions. Burne rejette ce pacifisme forcené tandis que Francis Lostwax réfléchit et s’interroge. D’autant plus qu’il entame une relation avec la jeune Tez Yon, médecin qui l’opère avec succès en le trépanant. Francis le savant frustré qui n’intéresse personne sur sa planète d’origine trouve enfin sur Luta un public intéressé, il trouve même l’amour et un remède contre son diabète. Alors que Burne cherche un moyen de retourner vers le vaisseau pour le réparer et repartir sur Tern, Francis lui veut rester.

Jusqu’au jour où il découvre que les Quetzaliens ne s’affranchissent pas de la violence par les seuls moyens de la philosophie. Qu’ils se livrent à certains rites qui leur permettent de se purger de leurs pulsions et de les déverser dans le fleuve de haine qui ceint les murailles du pays. Lostwax se sent trahi. Burne quant à lui prêche les mérites d’une bonne guerre contre les neurovores qui lui permettrait d’effectuer une sortie et de rejoindre le vaisseau. Il doit faire face à deux siècles de pacifisme, mais découvre qu’il peut artificiellement et momentanément changer la nature des Quetzaliens : il suffit de leur injecter un peu de ce fleuve de haine…

Le vin de la violence, premier roman de James Morrow offre plus d’une piste de réflexion sur la violence, la guerre et plus généralement sur la nature humaine. La colère est-elle un élément constitutif de la nature humaine ? L’Homme a-t-il besoin de haïr, d’exprimer ses passions ? De fait, les Quetzaliens ont-ils sacrifié leur humanité au profit d’une absolue tranquillité domestique ? Ce pacifisme ne serait-il finalement qu’une utopie, incompatible avec la nature humaine ? Car enfin, il se trouve des Quetzaliens pour dire à Burne que sa guerre contribue à chasser la monotonie de leur existence. Eh oui : sans une bonne guerre, sans ennemis à détester, sans voisins sur lesquels médire, à quoi bon vivre ?

James Morrow sur Mes Imaginaires

 

Le vin de la violence (The Wine of Violence, 1981), James Morrow traduit de l’anglais (américain) par Luc Carissimo, Denoël (Présence du Futur n°483), 1989, 310 pages

 

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Depuis vingt ans, Octave et sa sœur Véra vivent dans une grande maison qu'ils appellent Nôtre Château. Ils en ont hérité de leurs parents brutalement décédés, eux-mêmes n'ayant pas pu l'habiter de leur vivant. Quasi reclus, ils ne sortent pas, si ce n'est Octave le jeudi pour acheter des livres…
Le photomontage en couverture de La Faim du loup pourrait laisser penser que nous avons affaire à un roman gothique, avec château enneigé dans une lande battue par les vents où résonnent des hurlements sinistres. Avec jeune fille en danger ou mystérieuse louvetière selon votre imagination. Il n'y a rien…

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6 commentaires sur “Le vin de la violence – James Morrow

  • Lorhkan

    Les Quetzaliens me font penser aux Vulcains de Star Trek qui ont appris à contrôler (en les supprimant totalement) leurs émotions. ^^
    Il me semble intéressant ce roman, plein de pistes de réflexion comme tu le soulignes.
    Reste à le trouver (chez un bouquiniste ?).

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Un des « rebondissements » du livre, une des révélations en tout cas, c’est que les Quetzaliens n’ont en fait pas banni ces émotions. Je n’en dis pas plus.
      Il est très étonnant, compte tenu de la qualité de ce texte et de sa richesse qu’il ne soit pas encore dispo en Folio SF…

  • Grégoire

    quid du style ? je n’ai rien lu de cet auteur (ni d’ailleurs entendu parler de lui…) N’est-ce pas un peu vieillot ? ou peut-on considérer l’ouvrage comme un classique devant être lu surtout compte-tenu de l’actualité ?

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je craignais aussi un peu, en allant chercher le texte le plus ancien de James Morrow, de tomber sur une vieillerie ou une erreur de jeunesse… Il n’en est rien.
      L’argument science-fictif est finalement plus un prétexte à dépeindre une communauté totalement autarcique, en proie à une autre communauté dont elle est la seule proie possible. Le style de Morrow est à la fois littéraire et accessible, pas aussi ouvertement satyrique que dans d’autres romans. Le propos est clairement philosophique, au sens où il amène le lecteur à réfléchir à certaines idées toutes faites (ici « le pacifisme, c’est bien », « non à la guerre », la masculinité, que faire des naturelles pulsions violentes des hommes…etc.). Sans pour autant être le moins du monde ennuyeux puisqu’il est à la fois universel et toujours d’actualité.
      Donc non, ça n’est pas vieillot du tout : à lire !

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Dans la forme (descriptions) ça n’est pas si violent que ça, dans le fond par contre, c’est glauque en effet, surtout dans la façon dont Morrow imagine que les pacifistes se débarrassent effectivement de leur violence…