Adultes

Camisole – Salomon de Izarra

Camisole

Edgar Griffith, comptable de métier, se rend à l’hôpital psychiatrique de Cliffton perdu dans les collines du Vermont. Il y est accueilli par l’inquiétant docteur Oswald Barker qui après lui avoir fait traverser un éprouvant couloir, l’enferme dans un vaste bureau afin qu’il vérifie les comptes de l’hôpital. L’orage qui survient alors inaugure le cauchemar que Griffith va vivre dans ce gigantesque bâtiment de briques rouges.

Dans Nous sommes tous morts, son premier et précédent roman, Salomon de Izarra nous offrait déjà une variation sur la folie et l’enfermement. Même chose dans Camisole qui résonne des mêmes hurlements lovecraftiens. Cliffton est une matrice, celle de toutes les peurs. On pénètre en son cœur après avoir emprunté le canal qui la relie à la réalité, si tant est qu’elle existe. On ne peut dès lors plus faire marche arrière, il n’est qu’à grimper les étages qui sont autant d’étapes dans le cauchemar. Les malades errent désormais en liberté, des cadavres jonchent les pièces ravagées. Et M. Rire se lance à la poursuite de Griffith.

M. Rire, cette chose, ce simulacre d’humanité à la fureur incroyablement hypnotique, avoisinait les deux mètres de haut et était maigre à faire peur. Ses bras ballants pendaient le long de son torse nu d’où les côtes saillaient au rythme de son souffle caverneux. Il traînait une hache de bûcheron démesurément grosse sans la moindre difficulté.

Les amateurs apprécieront sans aucun doute l’univers extrêmement malveillant qui emprunte au maître de Providence et à une imagination bien morbide. Le macabre et le glauque s’invitent dans la vie d’Edgar Griffith. Contraint de revivre un épisode extrêmement traumatique de son enfance, il se rend compte que l’hôpital est vivant et qu’il fera bientôt partie de la décoration très stylée. Mr Ed Gein n’est pas très loin non plus…

Je n’aurai qu’un regret, celui du style mal appliqué qui dessert descriptions et récit. Salomon de Izarra emploie par exemple « était » (verbe d’état) sans chercher à lui trouver des synonymes. Plusieurs fois par page, cet « était » se répète ad nauseam, souvent accompagné d’un tout aussi dispensable « avait ». Trop d’adverbes et l’ensemble n’est pas agréable à lire, presque laborieux.

« Anomalie architecturale » dans laquelle se déploie une terrifiante danse macabre, Cliffton évoque le pire et convoque sur le devant de la scène le refoulé qui se terre dans les confins de la conscience. Au détour d’un couloir surgit l’horreur de l’enfance qui n’est définitivement plus ni temps ni lieu d’innocence.

 » – Souhaitez-vous faire une petite visite ? »

American Horry Story, saison 2
American Horry Story, saison 2

 

Salomon de Izarra sur Mes Imaginaires

 

Camisole, Salomon de Izarra, Rivages, janvier 2016, 106 pages, 16€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

  • Bruno Le Mulot

    dans mon radar celui là ! mais ta réserve sur le style me gêne un peu car c’est justement ce qui fait, en plus du scénario bien sûr, ce que j’apprécie le plus dans un roman et qu’à l’arrivée je me suis fait embarqué non par la lecture de l’histoire. Je lui donnerai toutefois sa chance, nous verrons bien ! 😉

    • Sandrine Brugot Maillard

      Il y a beaucoup de bonnes idées dans ce texte et l’ambiance est très réussie. Mon regret quant au style n’en est que plus grand. Et je suis curieuse d’autres avis sur ce livre… les « était » et les « avait » me sont tombés tout de suite dans l’oreille, pas moyen de m’en débarrasser, je peux dire qu’ils ont plombé ma lecture…

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