Jeunesse

La prophétie de la reine des neiges – Victor Dixen

La prophétie de la reine des neigesLa prophétie de la Reine des neiges saisit le lecteur là où La malédiction de Boucle d’Or l’avait laissé : Blonde coule des jours heureux avec son Gaspard sur l’île sans nom. Là, à l’abri du monde, prémunie de la malédiction qui fait d’elle une femme ourse, la jeune femme est enfin heureuse. Jusqu’à ce que le malheur s’immisce à nouveau dans sa vie sous la forme de soldats battant tambour et maltraitant une armée de berserkers enchaînés.

Gaspard et Blonde fuient leur île et montent dans un étrange bateau. C’est là que le jeune sculpteur croise son terrible destin en effleurant du regard la terrible Reine des neiges : un éclat se loge dans ses yeux, le transformant à jamais. Les deux jeunes gens se réfugient à Copenhague où ils vivent et travaillent sous les prénoms de Kay et Gerda. Et rencontrent un jeune poète en peine d’écriture : Hans Christian Andersen. Ce dernier est présent lorsque Gaspard disparait, emporté par un mystérieux traineau blanc. Blonde cherche puis attend longtemps, en vain, le retour de son bel amant.

Mais Blonde n’est pas du genre à attendre, on le sait. Là voilà donc repartie en France où de nombreuses aventures la guettent. La prison par exemple. Car le terrible Valrémy, cette sangsue qui en veut à l’héritage de ses parents la poursuit sans relâche. Saint-Lazare donc, où elle se découvrira des alliées et sera trahie.

Les rebondissements sont donc au rendez-vous de ce deuxième opus de la série Animale de Victor Dixen. Ils nous emmènent loin, très loin, dans un roman dont l’ampleur est plus vaste que le précédent : on y croise le fils de Napoléon et on farfouille dans les archives du Vatican. C’est que la reine des neiges n’est pas sortie de sa retraite mythologique pour un seul tour de piste. Son ambition : rien de moins que conquérir le monde, avec l’aide de l’armée napoléonienne et des berserkers. Et Gaspard le sculpteur prodige a sa place dans ce grand dessein.

De même que Hans Christian Andersen, destinataire des lettres de Blonde qui nous permettent de suivre ses aventures. Si la jeune femme est donc bien présente à travers ses écrits, on s’éloigne un peu d’elle pour suivre parfois le conteur débutant. De même l’enjeu ne tourne plus autour d’elle seule mais acquiert une dimension bien plus vaste : sauver Gaspard mais aussi sauver le monde des sinistres projets de la reine des neiges. D’où un roman moins intimiste que le premier mais plus aventureux.

La belle langue de Victor Dixen est un plaisir toujours renouvelé : il manie le subjonctif imparfait avec un naturel réjouissant et varie les registres avec aisance. S’emparant du conte d’Andersen, il en retient les principaux éléments (l’éclat dans l’oeil, le garçon enlevé, la fille qui par à sa recherche…) et les dynamise. Je trouve la version d’Andersen figée et laborieuse, celle de Dixen bien plus stimulante.

Lier le conte de Boucle d’Or et celui de la reine des neiges était à première vue assez improbable. C’est tout à fait réussi, même si on peut regretter qu’Andersen ne se soit pas aussi emparé du premier conte, qu’il connaissait bien sûr grâce à sa rencontre avec Blonde !

Victor Dixen sur Mes Imaginaires

 

Animale La prophétie de la reine des neiges, Victor Dixen, Gallimard Jeunesse, août 2015, 431 pages, 18,50€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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