L’Adjacent – Christopher Priest


L'AdjacentJ’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé d’avis ne serait-ce que mitigé sur L’Adjacent, dernier roman traduit en français du Britannique Christopher Priest. C’est bien dommage, j’aurais aimé comprendre pourquoi je me suis ennuyée à cette lecture, plus de cinq cents pages à me dire « continue, c’est maintenant qu’il va se passer quelque chose »…

Non que je sois une adepte de l’action à tout crin. Je peux m’extasier sur des centaines de pages d’errements psychologiques sans problème. Mais avec L’Adjacent, j’ai eu l’impression de piétiner, de prendre des chemins qui finalement ne débouchent nulle part.

Le lecteur suit comme il peut plusieurs personnages. Le moins intéressant ouvre la danse, un certain Tibor Tarent, photographe qui s’en revient de Turquie où sa femme Melanie, infirmière humanitaire, a très mystérieusement disparu. Il doit rejoindre un lieu de debriefing et pour ça traverser une Grande-Bretagne transformée en République Islamique (dont on ne saura pratiquement rien, c’est agaçant). Dans l’engin qui le transporte, il « séduit » de façon tout à fait inattendue une jeune femme qui pour le moins lui battait froid. Il conclut l’affaire assez rapidement et elle disparait elle aussi. Cette première partie est d’une longueur infinie, descriptive à l’excès, sans la moindre cohérence psychologique et dans un contexte totalement flou.

Heureusement, la deuxième partie se déroule pendant la Première Guerre mondiale avec pour protagoniste un certain H.G. Wells qui rencontre un magicien, Thomas Trent. Celui-ci est chargé de trouver un moyen de faire disparaitre, ou au moins de rendre invisibles, les avions britanniques aux yeux de l’ennemi.

La troisième partie voit, mazette, le retour de Tibor ! D’autres personnages et d’autres époques jalonnent le roman. Le lecteur attentif, et même le somnolent comme moi, a bientôt l’attention titillée par un certain nombre de similitudes, de répétitions à plusieurs années d’intervalles. Des faits, des noms, des lieux se répondent, presque semblables d’un contexte à l’autre, sans pour autant fournir de réponses à la situation globale, celle de la République Islamique de Grande-Bretagne. Mais peut-être n’est-ce pas le sujet… Mais alors quel est-il ?

Il m’a semblé que L’Adjacent est avant tout un jeu littéraire pour amateurs de Christopher Priest. On y retrouve des thèmes qui lui sont chers comme l’aviation, la guerre, la magie, l’uchronie et une indéniable virtuosité littéraire. Mais pour quoi ? Roman pour happy few ? Moi je veux savoir ce que c’est que cette adjacence, et c’est bien pour ne rien divulgâcher que j’en reste là dans ma curiosité inassouvie. Moins que déçue, je sors frustrée de cette lecture. Il a bien dû s’amuser Priest avec ses TT Danielle Darrieux, mais j’aurais aimé au final en savoir plus…

Christopher Priest sur Mes Imaginaires

 

L’Adjacent (The Adjacent, 2014), Christopher Priest traduit de l’anglais par Jacques Collin, Denoël (Lunes d’encre), mars 2015, 552 pages, 24,90€

 

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10 commentaires sur “L’Adjacent – Christopher Priest

  • Acr0

    C’est vrai qu’au final, il ne donne pas une définition claire, je pense que c’est au lecteur de se la faire, selon sa sensibilité. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’un livre pour les amateurs de Priest. Je n’ai pas lu toute sa biographie et j’ai apprécié ce roman-là. Thomas Day, dans une interview avec l’auteur – disponible dans le recueil « L’été de l’infini » – lui pose justement la question 😉

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je pense que tout le monde peut le lire, tu as raison, mais que celui qui connaît bien son oeuvre en tirera plus de plaisir encore. Encore une fois, boostée par tous les très bons échos sur ce livre, je suis partie bille en tête et mon enthousiasme s’est rikikifié en cours de lecture 😉

  • A_girl_from_earth

    J’avais lu l’avis de Miss Léo qui m’avait convaincue, non pas de lire celui-là, mais de plonger dans l’univers de Christopher Priest. J’ai opté pour Le Prestige (elle suggérait aussi La Séparation). J’espère ne pas être déçue. En même temps, je n’arrive pas à me souvenir si j’ai vu le film. Il me semble que oui. Mais il se peut que je confonde avec un autre qui traitait de magiciens aussi, L’Illusionniste. Je n’arrive pas à me souvenir lequel des deux j’ai vu. A moins qu’il ne s’agisse encore d’un autre…

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Tout ça est bien confus 😀 Le film inspiré du roman de Christopher Priest est celui de Christopher Nolan (même prénom) avec Christian Bale et il porte le même titre que le roman. L’autre, L’Illusionniste est un film de Neil Burger. Et oui, il cause tous les deux de magiciens, et oui, ils sont sortis quasi en même temps. Je n’ai vu que le Nolan qui m’a bien plu.

  • Lorhkan

    J’ai bien l’intention de le lire celui-ci, moi qui apprécie beaucoup les écrits priestiens (même si j’en ai lu assez peu en fait : « La séparation », excellent, « Le prestige », excellent, et « Le monde inverti », excellent ! 😀 ).
    J’espère ne pas être déçu.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      J’ai lu les romans que tu cites mais n’en ai pas retenu grand-chose, un peu plus du Prestige en raison du film. Priest n’est pas un auteur qui marque mon imaginaire même si pourtant j’apprécie sa subtilité.

  • Lourinki

    Bonne nouvelle : voici une critique moins que mitigée, je pense exactement comme toi ! Pourtant je suis une grande fan de Christopher Priest, j’ai lu et aimé quasiment tout (sauf les romans et nouvelles qui se passent dans les îles, ce qui a sûrement gâché ma compréhension d’une partie de L’adjacent). Je suis donc habituée à son univers un peu… dickien (autre auteur que j’adore) mais là je trouve que, comme disent les jeunes, c’est un peu « abusé » : entre expliquer chaque détail et laisser le lecteur dans un flou pareil il y a quand même de la marge ! De plus, comme toi j’ai détesté tous les passages avec Tibor Tarent (surtout le premier, effectivement interminable), et je me suis réveillée grâce aux magiciens. J’ai aussi repéré plein de clins d’oeil à ses romans précédents mais ça n’a pas suffi à éveiller mon intérêt. Bref, comme toi je me suis pas mal ennuyée et ça m’énerve, on n’aime pas trop être déçue par un de ses auteurs préférés !

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Nous sommes en effet sur la même longueur d’ondes, ce qui fait bien plaisir 😉
      Ce qui ne fait pas plaisir par contre et bien sûr c’est que ça tombe sur Christopher Priest : on attend souvent beaucoup des auteurs qu’on aime, et surtout pas une déception. Ceci dit, j’en connais plusieurs qui tiennent ce titre pour son meilleur, alors je m’interroge : aurions-nous raté quelque chose ? Moi pour résumé, je trouve tout simplement que c’est un livre trop Christopher Priestien…