Jeunesse

Le roman d’un non-mort – Arthur Ténor

Le roman d'un non-mortVerdun, octobre 1916. Comme tous les autres, Gabriel-Aimé Lambertini a peur. Il a dix-sept ans et il ne veut pas mourir. Il serait mort pourtant si la Mort ne lui était apparue et ne lui avait donné la possibilité de rester tel qu’il est éternellement, ou au moins jusqu’au moment où il choisira d’en finir. Un non-mort, c’est ce qu’il sera.

On retrouve en 2016 un Gabriel Lambert lycéen, très mûr pour son âge et apprécié pour l’originalité de son style vestimentaire. Pour sa générosité aussi car Gabriel habille ses amis, les régale et leur refile même discrètement des chèques. C’est qu’il a, comprend le lecteur, mis la main sur un trésor de guerre nazi qui lui permet de vivre plus que confortablement. Et d’entretenir sa cour d’admirateurs qui lui tiennent lieu d’amis. Car Gabriel en tant que non-mort ne peut pas aimer sincèrement : amour et amitié le font atrocement souffrir.

Cassandra est si belle et elle lui plait tant qu’il s’emploie donc à l’éloigner. Idem pour le trop sympathique Eric. Gabriel est voué à la solitude car vie éternelle et amour ne font pas bon ménage. A cette histoire d’amour peu traditionnelle s’ajoute une série de crimes. Le corps d’une camarade de classe est retrouvé dans le cimetière Montmartre, non loin du caveau familial des Lambert. Où Gabriel se rend parfois pour se livrer à des conversations très étranges. Le commandant Antoine Rochand n’est pas prêt à en entendre des vertes et des pas mûres sur les non-morts.

On retrouve dans Le roman d’un non-mort des éléments traditionnels du roman pour jeunes adolescents : les difficultés à s’intégrer quand on est différent, à accepter d’aimer l’autre et à le lui dire, le désir de liberté et d’autonomie en conflit avec le besoin d’être aidé et écouté… L’élément surnaturel est nouveau quant à lui puisqu’Arthur Ténor invente le non-mort, qui n’est pas un revenant mais un survivant longue durée, si j’ose dire… Il peut donc doter sa créature des caractéristiques qui lui conviennent et s’éloigner des sempiternels vampires.

L’élément fantastique sert finalement à mieux parler des adolescents d’aujourd’hui à travers des personnages typés, souvent sympathiques. L’intrigue policière commence tard dans le roman, après une centaine de pages et fait rebondir l’action assez efficacement même si on y abandonne une vraie réflexion sur les adolescents et la mort. Arthur Ténor brandit le spectre du jumeau, qui fait d’abord peur (on craint le cliché) mais qui est au final originalement traité.

Arthur Ténor sur Mes Imaginaires et sur Tête de lecture

 

Le roman d’un non-mort, Arthur Ténor, Scrinéo, janvier 2015, 291 pages, 16,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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