Les Brillants – Marcus Sakey


Les BrillantsNick Cooper est un Brillant : comme d’autres personnes nées depuis 1980, il a un pouvoir qui le rend différent des autres hommes. Supérieur diront certains, monstrueux diront d’autres. Il a la capacité d’identifier les schémas, à savoir d’anticiper les mouvements de ceux qui lui font face. Certains Brillants sont capables de voir les données, de se déplacer dans la foule sans être vus, de savoir si leur interlocuteur dit ou non la vérité. Les Brillants sont différents, ils sont forts et incontrôlables : ils sont une menace.

Certains parmi eux revendiquent l’action armée. Ainsi un certain John Smith s’est-il déjà rendu coupable d’un acte terroriste : dans un restaurant, il a assassiné un député et tué plus de soixante-dix personnes. Il est l’ennemi numéro 1 et les Services Equitables sont à ses trousses. Au premier rang desquels Nick Cooper qui quoi que Brillant a décidé d’intégrer l’agence d’Etat qui les traque. Il met ses incroyables capacités au service du pays, prouvant ainsi que tous les Brillants ne sont pas des opposants. La grande majorité d’entre eux cherchent d’ailleurs tout simplement à vivre comme les autres. Ce sont les autres qui les stigmatisent, qui les envoient dès l’enfance faire leur scolarité dans des académies qui les manipulent et les dressent les uns contre les autres.

Certains ont donc choisi d’aller vivre dans la grande réserve créée par Erik Epstein, ce Brillant milliardaire qui a acheté des milliers d’hectares dans le Wyoming pour que ses semblables y vivent en paix.

Tel est le contexte uchronique (une Amérique qui n’a pas connu le 11 septembre) sur lequel s’ouvre ce roman. Nick Copper se voit chargé par son chef Drew Peters de deviner où va avoir lieu l’attaque annoncée par John Smith et les siens : ils vont faire exploser des bombes en plein New York. Dans la première partie, Cooper traque John Smith tandis que dans la deuxième, c’est lui qui est traqué car désigné comme responsable (selon un plan imaginé par lui) desdits attentats extrêmement meurtriers. Ainsi continue-t-il à traquer le Brillant terroriste. La troisième partie, tout à fait inattendue, se joue aussi sur le mode de la traque.

Autant dire que le rythme de l’action est très soutenu (sauf dans la deuxième partie qui s’allonge un peu trop au moment du voyage vers la Nouvelle Canaan). Ce Cooper ne se repose guère tant il est occupé à échapper aux coups, aux balles et aux traquenards en tout genre. Une sorte de James Bond qui se sort de tout. Père aimant en plus : tout pour plaire. On voit Tom Cruise dans le rôle. Ce qui est un peu le problème du roman à mes yeux.

Ses enfants avaient besoin d’un monde dans lequel grandir, d’un avenir solide, et son combat ne s’arrêterait jamais avant que cela n’advienne. Aussi longtemps que la guerre durerait, il se battrait.

Amen.

Jamais vous ne doutez qu’il s’en sortira, jamais vous ne craignez pour sa femme et ses enfants malgré tout. 200% américain, engagé pour la patrie et donc justifié dans l’assassinat. J’aurais bien aimé qu’il sorte des cadres ce Cooper.

Mais il le fallait naïf et droit pour faire passer le message. Car la machination que son incroyable perspicacité lui permet de mettre à jour est d’une ampleur incroyable. Petit bonhomme dans une grande manipulation s’en sortira car c’est un Brillant, mais aussi et avant tout un homme droit et honnête, plein de scrupules moraux et de regrets quand les choses ne tournent pas comme il veut. Et un bon père. Et un fabuleux ex-mari.

Ayant lu ce roman après les attentats parisiens du 13 novembre 2015, c’est un euphémisme de dire qu’il entre en résonance avec l’actualité. Lorsque l’immeuble new yorkais saute faisant des centaines de victimes, on n’a aucun mal à se figurer leur souffrance et l’indignation de tout le pays. Puis le deuil. Aucun mal non plus à imaginer que se développe dès lors un discours sécuritaire qui préconise de marquer les Brillants pour mieux les surveiller et qui les assimile tous à des terroristes.

Les Brillants soulève d’ailleurs une vraie réflexion sur le terrorisme et l’attitude des médias. Du jour au lendemain, un homme devient l’objet de toutes les vindictes. Désigné comme coupable, il fuit et se cache : il est l’Ennemi du genre humain. Autant ne pas en dire plus pour ne rien dévoiler de l’intrigue et de ses retournements. Mais il est important de souligner que les activistes de John Smith ne se considèrent pas comme des terroristes mais comme des victimes qui luttent contre une oppression injuste. Et Marcus Sakey nous démontre qu’ils n’ont pas tort.

On ne peut donc pas reprocher à ce roman son manichéisme idéologique. Mais la naïveté de son personnage principal, si.

 

Les Brillants (Brilliance, 2013), Marcus Sakey traduit de l’anglais (américain) par Sébastien Raizer, Gallimard (Série Noire), janvier 2015, 503 pages, 19,90€

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