Nous sommes là – Michael Marshall


Nous sommes làSi Michael Marshall n’a jamais suscité en moi un enthousiasme délirant, c’est un auteur que je prends plaisir à retrouver. Ce ne sont donc pas 573 pages qui allaient m’effrayer. Et pourtant, j’ai bien cru ne pas en voir le bout…

Après un énigmatique prologue, on suit deux couples : John et Kristina qui bossent dans une pizzeria new-yorkaise (il est serveur, elle tient le bar de nuit), David et Dawn de Rockbridge qui se réjouissent de la publication prochaine de son roman à lui. C’est d’ailleurs pour ça que ces derniers se rendent à New York : ils y rencontrent l’éditeur de David qui ne doute pas que le livre sera un succès. A la gare, sur le chemin du retour, David est bousculé par un inconnu qui lui murmure : « Souviens-toi de moi« . Il aurait oublié l’incident si d’autres choses bizarres n’étaient survenues peu après… jusqu’à le conduire dans un bar où l’attend son bousculeur : il s’agit de Maj, quelqu’un que David aurait préféré effectivement oublier.

John et Kristina se trouvent face à un dilemme : Catherine, une amie à elle, se prétend suivie, surveillée. John, d’abord réticent, accepte de l’aider puis découvre que c’est une femme qui la suit. Il pense qu’il s’agit là d’adultère, d’histoires intimes qui ne le concernent pas. Mais comprend bientôt que la femme en question n’est pas du tout comme les autres : elle n’est pas visible par tous.

De fait, il existe dans notre monde des êtres dont nous n’imaginons pas la présence. Paradoxalement, ce sont des êtres qu’on a tellement imaginés qu’ils en sont devenus tangibles. Je veux parler de ces amis imaginaires qu’on se crée enfant puis qu’on oublie. Que deviennent-ils eux qui nous ont été si chers ?

Belle idée n’est-ce pas ? Imaginer que ces êtres existent et qu’ils souffrent de solitude est un excellent point de départ, de ceux qui ouvrent de belles perceptives sur les frontières entre fiction et réalité, entre rêve et imaginaire. Pas n’importe quel imaginaire, pas un univers créé par un tiers mais bien un compagnon inventé de toute pièce par un individu pour ses propres besoins. Dommage dès lors que ce roman soit bien, voire même beaucoup trop long. On se traine pendant longtemps sans qu’il ne se passe rien dans la vie de gens ordinaires . Les fantômes surgissent de loin en loin, laissant des signes, certains plus amicaux que d’autres, mais la mayonnaise peine à prendre. On ne sait pas vraiment qui ils sont, quelles sont leurs aspirations, comment ils vivent, pourquoi certains sont néfastes et d’autres bienveillants.

Quelques maladresses aussi : à quoi sert-il que John parle à la première personne alors que tous les autres sont à la troisième ? Il est loin d’être le personnage le plus intéressant. Par ailleurs certaines phrases m’ont semblé très lourdes. Et la fin n’est pas palpitante.

Mon enthousiasme de départ s’est étiolé au fil de ma lecture. L’idée reste cependant intéressante, certaines scènes sont touchantes, d’autres drôles mais ces fantômes nous restent trop lointains pour qu’on compatisse vraiment à leur triste sort.

Michael Marshall (Smith) sur Mes Imaginaires

 

Nous sommes là (We Are Here, 2013), Michael Marshall traduit de l’anglais par Benjamin Kuntzer, Bragelonne (L’Autre), août 2015, 573 pages, 25€

 

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