Zombie nostalgie – Øystein Stene


Zombie nostalgieVous êtes-vous jamais demandé d’où venaient les zombies ? Ceux qui envahissent nos écrans en particulier ? Parce que bon, ceux de la vraie vie, on les attend toujours. Enfin, faut croire. D’où viennent-ils donc ces êtres gauches à la démarche hésitante ? De leur tombe bien sûr, ou du moins du lieu où ils sont morts, de l’au-delà peut-être dans une certaine mesure… Øystein Stene, en plus d’avoir des lettres bizarres dans son nom, a des idées tout à fait originales sur la question.

Ces zombies sont en fait des représentations de Labofniens, habitants de l’île de Labofnia. Ne cherchez pas sur une carte, les pistes ont été sciemment brouillées pour que personne ne la découvre. Cependant, elle a bien été découverte il y a longtemps de ça et ses habitants, alors quasi des sauvages, ont immédiatement intéressés les Européens. Ils n’étaient pas grand-chose de plus que des créatures de Frankenstein et aujourd’hui, ils nous ressemblent à s’y méprendre : que s’est-il passé ?

Dans un élan paternaliste qui leur est coutumier, les pays civilisateurs se penchent alors sur ce caillou, ses habitants et ses ressources. Ils étudient ces êtres au métabolisme inconnu mais si semblable à l’humain. Ils veillent à ce qu’ils soient bien tous parqués sur Labofnia, que personne ne s’échappe. En grand frère, ils fournissent de quoi survivre (leurs déchets) et le moment venu, envoient quelques Labofniens se faire trouer la peau sur le front. Qu’est-ce que ça leur coûte franchement, ils sont déjà morts…

Morts vraiment ? Mais alors, si Johannes est mort, c’est qu’il a été vivant. Qu’il a eu une vie, peut-être une famille avant d’arriver sur cette île. Qui est-il, et d’où vient Labofnia ? Ce sont ces questions qui vont guider Johannes le narrateur de Zombie nostalgie, le pousser à chercher dans les archives de l’île des traces du passé. Car sans passé point d’identité : c’est le thème central du roman.

Øystein Stene file une métaphore entre les Labofniens et les peuples persécutés qu’on parque loin des villes et des civilisations, qu’on exploite et qu’on tient dans l’ignorance. Ces Labofniens, ces morts et vivants, sont les autres trop semblables qui ne doivent pas envisager d’autres horizons que le leur, et surtout pas l’humanité. Manquerait plus que ça, qu’on soit tous les mêmes… Ils ne faut pas pour autant qu’ils souffrent trop, car souffrir leur donnerait conscience de leur corps. Et de fait, le Labofnien ne souffre ni ne proteste, il est ignorant et docile, une brave bête.

Et si être un zombie, ça n’était rien d’autre que d’être mort au monde, de cesser de s’indigner et d’obéir ?

Celui qui incarne traditionnellement l’Autre, le non-humain, la menace proliférante est ici humanisé à travers un narrateur qui comme tout un chacun s’interroge sur sa présence au monde. Il nous est vite familier. Ainsi Øystein Stene travaille-t-il la veine intimiste du zombie, celle qui nous le montre dans son quotidien et dans ce qu’il a de plus semblable à l’homme. Le zombie n’est pas plus une menace pour l’homme que n’importe quel autre humain. Il mange même des clémentines…

Cerise sur le gâteau norvégien, vous apprendrez en lisant Zombie nostalgie comment les films de Romero ont été financés par la CIA, et ça, c’est quand même un scoop !

Zombie nostalgie (Zombie Nation, 2014), Øystein Stene traduit du norvégien par Terje Sinding, Actes Sud (Exofictions), novembre 2015, 299 pages, 22€

 

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