Jeunesse

Cité 19 – Stéphane Michaka

Cité 19Après une lecture enthousiaste il y a quelques années de La fille de Carnegie de Stéphane Michaka, j’ai été agréablement surprise de découvrir que l’auteur se mettait, lui aussi, à la littérature jeunesse. J’ai donc ouvert Cité 19 avec intérêt et bienveillance. J’ai perdu l’un des deux en route…

L’héroïne se prénomme Faustine, elle vit de nos jours à Paris. Elle est la fille du gardien-chef du musée d’Orsay, qui tombe du haut de la tour Saint-Jacques dans le premier chapitre. C’est une adolescente déterminée, voire révoltée. A la veille du bac, on lui demande d’identifier le corps de son père ; elle reconnait ses mains.

Bien avant cette scène de reconnaissance, j’avais déjà perdu Faustine. Ce personnage m’a semblé artificiel et sans consistance. On nous dit par exemple qu’elle est passionnée de XIXe siècle. Le problème est qu’on nous le dit mais qu’on ne s’en rend pas compte du tout : rien ne témoigne de son intérêt. Tout sonne faux chez elle, le fait qu’à quinze ans elle vive seule, même ses amitiés semblent factices, pour ne rien dire de ses amours. L’époque même dans laquelle elle vit au départ n’est que très peu caractérisée.

J’en étais là de ma lecture quand Faustine se retrouve au XIXe siècle. Le personnage ne m’a pas semblé plus crédible. Elle se lie par exemple d’amitié avec la jeune Manon en quelques dialogues et une nuit passée dans le même dortoir. Quand les deux jeunes filles doivent se séparer et que Manon pleure, il est vraiment difficile de compatir tant cette amitié semble fabriquée et précipitée. Les personnages manquent à l’évidence de profondeur.

Heureusement, l’intrigue s’oriente tout à coup dans une direction inattendue et intéressante. Cité 19 n’est pas un roman steampunk de plus, bien plutôt une manipulation à grande échelle dont les enjeux se dessinent peu à peu. Pendant que Faustine se fait journaliste (et devient Faustin…) pour tenter de résoudre les meurtres qui ensanglantent la capitale, elle ignore qu’elle est regardée, aidée, influencée, qu’elle est le cobaye FX 27.

Ce roman a aussi été une fiction radiophonique. Ces aventures complexes ont dû passionner les auditeurs amateurs de roman feuilleton, mais le passage à l’écriture ne me semble pas pleinement abouti. Les personnages sont caricaturaux et peu crédibles. Dommage car l’intrigue de ce premier volume (sur deux) est riche et originale.

 

Cité 19 – 1, Stéphane Michaka, Pocket Jeunesse, octobre 2015, 348 pages, 16,90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

3 Comments

    • Mes Imaginaires

      Rassurée de constater que tu partages mon avis : je craignais d’avoir été un peu sévère… je m’attendais à beaucoup mieux de la part de cet auteur et en plus, l’intrigue et le cadre ont un énorme potentiel…

    • Gaëlle Chollet

      En effet l’intrigue aurait pu être passionnante. Lorsque le représentant m’en a parlé, il me l’a présenté comme étant l’un de leur enjeu de la fin d’année mais il ne m’a pas totalement convaincu. Il manquait un petit quelque chose et je ne savais pas quoi à ce moment là. C’est pour ça que je voulais le lire tout de suite lorsqu’il est paru. A mon sens, tu n’as pas été trop sévère

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