Booming – Mika Biermann


BoomingL’amateur de littérature de l’Imaginaire aime généralement à se perdre en des contrées étranges. Dans le meilleur des cas, celles-ci proposent un monde différent, inattendu, dépaysant. Bref, un ailleurs spatial et/ou temporel. Booming propose tout ça et plus encore. Car Booming, c’est aussi une expérience de lecture qui nécessite que le lecteur abandonne un certain nombre de codes narratifs et rassurants…

Tout commence comme dans un western : un grand maigre et un petit gros marchent dans le désert. Ça pourrait être la Mancha, mais on apprend bientôt que Pato Conchi, le petit gros, est à la recherche de Conchita enlevée par Kid Padoon ; Lee Lightouch, le grand maigre, le suit. Ils sont en chemin vers Booming, malgré les avertissements récoltés en route.

C’est quand ils arrivent que tout se complique. La ville est figée : habitants, animaux, tout est comme pétrifié en pleine action, même la balle qui doit tuer un jeune adolescent dans la rue. C’est déjà bizarre, mais vous n’avez encore rien vu. Parce que Lee et Pato Conchi vont se séparer (ou pas d’ailleurs) et vivre des aventures vraisemblablement (adverbe totalement inadapté dans le contexte…) sur des plans temporels différents. Différents possibles peut-être. Sauf qu’ils se croisent.

Mika Biermann, écrivain allemand écrivant en français, prend un malin et savant plaisir à entrainer son lecteur dans des chemins bien balisés qui n’en sont pas. Par exemple, malgré son nom, Booming est un trou perdu en pleine déliquescence, Pato n’est pas Mexicain mais Colombien et L’Hôtel de la Gare n’a jamais vu passer aucun train. Malgré ces bizarreries, on marche en plein western, on pense rencontrer John Wayne au coin du bois, et nous voilà rattrapés par la modernité, à la faveur d’une accélération du temps. Ceci dit, on croise quand même John Wayne et quelques westerns…

… comme si Mika Biermann se plaisait à construire des repères pour mieux les détourner. Notre imaginaire construit Booming sans mal parce qu’il se construit sur des images que nous avons tous en tête. Et si l’Ouest, c’était autre chose ? On rembobine, la balle revient dans le révolver et Mika Biermann nous propose sa version toute personnelle des choses.

En passant devant la Cantina, Pato Conchi y voit un homme attablé, portant les mêmes vêtements que lui, coiffé des mêmes boucles huileuses, de la même corpulence, en train de manger des burritos. Il entre, s’assoit en face de l’étranger et engage la discussion. Ils parlent de la pluie et du beau temps, de Booming et de Townsend, des femmes et des prostituées, de mets et de boissons, de l’homme et de son destin. Ils sont d’accord : pour le bordel que c’est, on y vit avec un certain plaisir, dans ce monde, et pas dans l’autre. Quand Conchi se lève pour se retirer, l’homme l’arrête.
— Excuse ma question, l’ami, mais qui es-tu ?
— Qui je suis, répond Conchi, ça, je n’en sais rien. Mais j’ai toujours voulu avoir une petite conversation avec moi-même.

Mika Biermann sur Mes Imaginaires

 

Booming, Mika Biermann, Anacharsis (Fictions), août 2015, 136 pages, 15€

 

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