Nous allons tous très bien, merci – Daryl Gregory


Nous allons tous très bien, merciPour remplir leurs rubriques, certains magazines vous posent une question essentielle : que sont-ils devenus ? Tous ces chanteurs ou acteurs qui ont disparu après un ou deux tours de piste. Dans Nous allons tous très bien, merci Daryl Gregory innove carrément en s’intéressant, entre autres, aux victimes de crimes horribles : bien malgré eux, ils ont fait la une de l’actualité, puis sont tombés dans l’oubli. Que sont-ils devenus ?

A la façon des Alcooliques Anonymes, le docteur Sayer a réuni cinq de ses patients. Le vieux Stan, manchot des deux mains qui se déplace en fauteuil roulant, a jadis été partiellement dévoré par une famille de cannibales. Graves traumatismes donc, comme je vous le disais. En face de lui se trouve Harrison qui bien qu’encore jeune fut dans son enfance tueur de monstres. Dans un livre. Il est un personnage de conte. Enfin de conte plutôt horrifique puisqu’il opérait à Dunnsmoooth, et Dunnsmoooth ça sonne comme… ben oui, comme d’Innsmouth.

Ils sont donc cinq, six avec la psy, et l’idée c’est qu’ils parlent des violences subies et de leur vécu au jour le jour, qui n’est pas précisément celui de monsieur tout le monde. Prenez Martin par exemple, il vit en permanence avec des lunettes noires qui lui permettent de vivre un RPG en réalité augmentée : il voit des zombies partout, tout le temps. Et il voit en Greta, une des cinq, un monstre. Qui est-elle ? Qu’a-t-elle vécu et pourquoi n’en parle-t-elle pas ?

C’est tellement une bonne idée d’envisager le devenir de tels personnages, qu’on a au moins un regret : le livre est trop court, on aimerait forcément en savoir beaucoup plus sur chacun. Le roman se construit plus sur l’imaginaire du lecteur que sur la seule narration : chaque personnage convoque des souvenirs de films horrifiques où les victimes subissent tout et pire encore. De ces films où ça mastique, ça égoïne et ça hémoglobine à flot. Comme on connaît déjà, Daryl Gregory raconte la suite. Laissant tout de même au lecteur le regret de bonnes scènes bien gore comme il aime et dont il se relève en fanfaronnant : même pas peur !

Daryl Gregory sur Mes Imaginaires

 

Nous allons tous très bien, merci (We All Completely Fine, 2014), Daryl Gregory traduit de l’anglais (américain) par Laurent-Philibert Caillat, Le Bélial’, août 2015, 193 pages, 16€

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