Jeunesse

Phobos – Victor Dixen

PhobosPrêts à embarquer pour le Cupido, ce vaisseau à destination de Mars transportant douze jeunes gens, six couples potentiels, qui pendant les cinq mois de voyage vont se rencontrer et discuter en direct de la chaîne Génésis ? Si vous avez passé comme moi l’adolescence depuis longtemps, un tel sujet peut ne pas vous emballer. Pourtant, si vous avez lu les précédents romans de Victor Dixen, vous n’hésiterez pas à vous embarquer pour l’espace avec lui et ses jeunes prétendants manipulés.

D’un côté six filles, de l’autres six garçons, tous âgés de dix-sept à vingt ans. Ils ont été scrupuleusement choisis par Serena McBee, organisatrice de cette télé-réalité de l’espace, la première du genre. C’est que depuis que la Nasa a été rachetée par un groupe privé, la conquête spatiale ne s’est jamais aussi bien portée. Mars est habitable, les jeunes gens sélectionnés parmi des millions vont y vivre le reste de leur vie, ouvrant la voie à la colonisation. Pendant leur voyage, ils vivront sous le regard des caméras et donc de milliards de téléspectateurs dans le monde. Les moments les plus attendus sont ceux de speed dating, ces rendez-vous de six minutes entre les couples. Liz va-t-elle inviter Alexeï ? Comment Kelly sera-t-elle habillée pour son prochain rendez-vous avec Marcus ? Autant de questions (et bien d’autres !) qui passionnent les téléspectateurs, et à n’en pas douter le jeune lecteur.

Le lecteur moins fleur bleue n’est pas en reste. Car dès le début, on sait qu’il y a manipulation : Mars n’est pas habitable, les jeunes gens sont condamnés. La machiavélique Serena McBee a orchestré show et voyage en connaissance de cause : il n’était pas possible de faire perdre à la chaîne et à ses investisseurs une telle rentrée d’argent. Les douze jeunes gens, tous orphelins sans attache, cas sociaux que personne sur Terre ne regrettera sont donc des instruments. Il y a fort heureusement un espoir que cette machination éclate au grand jour, puisqu’avant le décollage, un technicien repenti du projet Phobos remet secrètement un téléphone portable à Léonor, la candidate française du jeu. Cette fille aux cheveux de feu et au caractère bien trempé, incarne donc tous les espoirs de la mission, sans le savoir…

Et c’est parti pour l’aventure spatiale, racontée par Léonor elle-même, plus quelques séances hors champs permettant au lecteur de comprendre le retentissement mondial du jeu de télé-réalité et tout le machiavélisme de son organisatrice. Dans la ligne de mire de Victor Dixen : la puissance des médias et la mise en scène de l’intimité. Pour être célèbre, regardé, pour un moment de gloire, jusqu’où certains jeunes sont-ils prêts à aller ? Mais aussi la défaite des pouvoirs publics face aux investisseurs privés et le règne de l’argent. Serena McBee incarne ce libéralisme sans scrupules de façon parfois caricaturale : elle et ses complices font figure de fauves face aux jeunes insouciants embarqués à bord du Cupido. Cependant, à l’issue de ce premier tome, certaines zones de sa personnalité restent encore dans l’ombre (pourquoi tient-elle sa fille enfermée ?). De même que les six garçons, entrevus uniquement du point de vue des filles. Un tome deux qu’il faudra donc lire.

Victor Dixen sur Mes Imaginaires

 

Phobos, Victor Dixen, Robert Laffont (R), juin 2015, 432 pages, 17,90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

  • A_girl_from_earth

    Hmmm… Faut croire que je suis restée un peu ado dans l’âme car voilà une intrigue qui me parle bien ! C’est le côté contexte SF aussi qui me motive bien là- dedans. Noté donc, et vraiment curieuse de ce récit.

    • Sandrine Brugot Maillard

      Eh bien fonce alors ! Mi qui n’ai jamais vu la moindre émission de télé-réalité, je pensais que j’allais être un peu à la ramasse mais en fait non : le concept est assez simple en fait 🙂

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