Adultes

Les dames blanches – Pierre Bordage

Les dames blanchesC’est dans le monde entier qu’un matin, les humains découvrent pour la première fois celles qu’ils appelleront les dames blanches : de grosses bulles blanches ont atterri un peu partout. En nombre d’abord limité, elles se multiplient très rapidement : quinze mois plus tard, on en dénombre cinq mille, et au bout de dix ans, plus de sept cent mille dont mille deux cents en France. Elles peuvent être énormes, jusqu’à plus de deux cents mètres de diamètre.

Les humains attendent d’abord (ou redoutent) une rencontre du troisième type : qu’est-ce qui va sortir de ces bulles ? On déploie l’armée. Mais rien ne sort, bien au contraire : les bulles attirent en elles les enfants de moins de quatre ans. Rien n’empêche l’irrésistible attraction, pas même des murs ou des liens. Léo, le fils d’Elodie est le premier petit Français avalé. Sa mère espèrera longtemps son retour, elle lui donnera un demi-frère, Jason, sans atténuer la douleur de cette absence. Les dames blanches ne rendent pas les enfants qui disparaissent par milliers, puis par millions.

Car ce sont bientôt les hommes eux-mêmes qui poussent leurs enfants à entrer dans les bulles. Quelqu’un a en effet eu la formidable idée de les doter d’explosifs afin de les faire sauter de l’intérieur, toutes les tentatives pour ne serait-ce qu’égratigner leur surface ayant échoué. Et plus les enfants kamikazes (bientôt appelés pedokazes) échouent dans leur mission d’ébranler les bulles, plus on en envoie. Bientôt, la loi Isaac contraint chaque famille à donner un enfant à la lutte contre les dames blanches.

Car l’humanité est en guerre, c’est le monde entier contre les dames blanches, l’humain en lutte contre ce qu’il ne peut maîtriser. L’humanité est à nouveau confrontée aux terreurs primordiales, à ce qu’elle ne comprend pas. Alors elle se défend, avant même de savoir si l’inconnu représente une menace.

Le roman se déroule sur plusieurs décennies et permet d’envisager les conséquences à long terme d’une politique universellement offensive. Parce que les flux magnétiques émis par les bulles perturbent les systèmes électroniques, l’humanité doit aussi faire face à une régression technologique sans précédent.

Vingt-cinq ans pendant lesquels l’évolution s’était interrompue. L’humanité régressait à une vitesse sidérante, incapable de résoudre le problème posé par les visiteuses d’un autre monde – même si tous s’accordaient désormais sur l’origine extraterrestre des dames blanches. En un quart de siècle, on ne savait toujours rien sur elles, sinon qu’elles attiraient les enfants de moins de quatre ans, qu’elles se multipliaient et qu’elles grossissaient de temps à autre. On avait décidé de les empoisonner, on avait expérimenter tous types d’explosifs, y compris les mini-bombes nucléaires d’une puissance équivalente à celle d’Hiroshima, on avait entrepris de les consumer par le feu ou par l’acide, on les avait enfumées, on avait tenté de les tracter, de les déplacer, les Chinois avaient érigé autour de l’une d’elles un immense réservoir qu’ils avaient rempli d’eau, sans obtenir plus de résultat.

Le front d’abord uni des hommes contre les dames (en dehors de quelques doux ufologues rêveurs) se délitent au fil des ans face à la violence d’Etat. Les personnages imaginés par Pierre Bordage vont s’interroger sur leurs engagements, leurs convictions. L’auteur les laisse évoluer sans les enfermer dans un manichéisme facile, ce qui rend l’intrigue d’autant plus réaliste. Que ferions-nous aujourd’hui si des entités inconnues nous enlevaient nos enfants ? Y aurait-il une place pour le doute au-delà de la douleur et de la violence ?

Pierre Bordage sur Mes Imaginaires

 

Les dames blanches, Pierre Bordage, L’Atalante, mai 2015, 380 pages, 21€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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