Notre Dame des Loups – Adrien Tomas


Notre Dame des loupsIls sont crasseux, portent des flingues et traquent leurs sauvages ennemis : western ? Ils traversent à cheval les grands espaces américains, passent des jours loin de toute civilisation, n’ayant qu’eux-mêmes et leurs chiens pour toute compagnie : nature writing ? Si l’on y ajoute quelques wendigos, alors on ne doute plus d’être dans un roman américain, ceux de la Frontière, qui disent les hommes, la conquête, l’élan civilisateur au son des massacres et du vent sur les plaines.

Les uns après les autres, les Veneurs prennent la parole. Depuis plus ou moins longtemps, ils ont intégré le groupe de Jack qui traque la Dame en suivant et massacrant tous les wendigos dans son sillage. Ces créatures, hommes ou femmes le jour, loups la nuit, sont dévouées à la Grande Louve venue d’Europe dans le Mayflower. Heureusement il y a les Veneurs, ces chasseurs qui depuis l’Europe la chassent elles et ses monstres.

Chapitre après chapitre, Arlington, Jonas, Billy Winters et les autres se racontent et racontent la Vénerie. Si les points de vue varient, la fin elle ne change pas : un à un les membres de l’équipe sont décimés, trahis peut-être, blessés, sacrifiés. Et c’est à tort que le lecteur se lasse de ce procédé systématique car il finit par surprendre. Dommage que les personnages soient parfois trop caractérisés, on s’attarderait bien un peu plus sur certains pour plus d’ombres et de nuances, pour des voix plus singulières.

Adrien Tomas fabrique ses personnages sur des images, celles de l’Ouest revisité, de l’Amérique intolérante et violente. C’est aussi la terre des possibles, celle pour laquelle on peut tout abandonner, surtout l’ordre et la sécurité pour retourner à la sauvagerie primordiale, aux dangers d’une vraie vie. Adieu village, femmes et enfants, voilà l’appel de la Nature et du dépassement de soi.

J’ai lu dans Notre Dame des loups une geste héroïque et loqueteuse. Les héros sont à bout de force mais ils luttent encore contre la barbarie, contre cette menace qui plane sur la nature humaine. Il est intolérable que certains hommes puissent être aussi des bêtes, il faut se défaire de cette engeance sous peine d’inverser l’élan civilisationnel qui pousse depuis des décennies les nouveaux Américains vers l’Ouest « sauvage ». Toujours ce bon vieil argument. Il n’y a quasi plus d’Indiens, mais restent à éradiquer ces créatures trop près d’une Nature sauvage qu’on vénère pourtant. Contradiction donc : fuir la civilisation tout en contribuant à l’ordonner.

Grâce à des chapitres courts et à la polyphonie, Adrien Tomas donne du rythme à son récit. Le lecteur suit cette traque surnaturelle, violente, humaine. La ruse finale est plutôt bien trouvée, elle surprend. On retiendra l’originalité du sujet et le parfum âpre du western violent. Dommage que la couverture soit si moche.

 

Notre Dame des Loups, Adrien Tomas, Mnémos, mai 2014, 182 pages, 18€

 

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