Oink le boucher du paradis – John Mueller


Attention, excellent album ! On le doit aux éditions Delirium qui nous ont déjà offert Eerie, Creepy et La Grande Guerre de Charlie, entre autres incontournables. Oink le boucher du paradis, dans une version repeinte et remastérisée, est une découverte formidable, qui s’admire et donne à réfléchir pour au moins les trois prochaines décennies.

Oink est d’abord un petit cochon, qui vit entouré de ses semblables, même si lui est un peu différent : il pose trop de questions. Les gardiens ont beau lui répéter : « tes questions te rendent inutile« , il veut savoir pourquoi, pourquoi, pourquoi.

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Dans l’abattoir 628, on frappe, on enferme, on courbe la tête. Ne pas (se) poser de questions, accepter sans broncher, faire partie de la masse. Il faut travailler, dormir, obéir. Le citoyen est au service d’une machine à asservir ses semblables.

Mais Oink grandit et finit par tout faire péter pour s’échapper de son lieu d’élevage, l’abattoir 628. Direction : le monde libre, le Paradis. Vraiment ?

Tout plein du baratin qu’on lui a inculqué, Oink cherche le Paradis et les Anges. Mais ce sont les Anges qui le trouvent, les Anges de la Miséricorde du Cardinal Bacaar lancés à sa poursuite.

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Il trouve refuge chez Mary qui lui ôte sa balise de repérage et lui en dit plus sur ses origines : il est une créature née dans une usine à naissances. La folie scientifique du Cardinal a fusionné des humains et des porcs pour créer des esclaves capables de travailler dans ses abattoirs.

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Par ses discours, sa force et par l’endoctrinement, les créatures du Cardinal ont pris le dessus. Les hommes sont devenus aveugles et sourds.

Oink va briser ses chaînes, détruire l’oppression, se retrouver libre. Que faire dès lors de la liberté, y a-t-il une vie possible en dehors du Paradis ? Est-ce l’enfer promis ?

Je tournai le dos aux flèches en feu du paradis pour erre dans l’anarchie, les terres au-delà du paradis. J’y trouvai une grande muraille, ni de briques ni de pierres, une muraille faites des rêves morts d’un monde révolu, empilés jusqu’au ciel.

John Mueller s’explique dans une préface : « En fin de compte, ce que je ressens, c’est que le système d’éducation tout entier se comporte comme une prison ou, comme je le dis dans Oink, comme un abattoir. L’accent est mis sur le comportement et la discipline et non pas sur le but principal, qui est censé être l’éducation. J’ai été témoin de la destruction systématique du moral de mes camarades, de l’humiliation répétée et de la distribution e punitions aux élèves qui ne s’adaptaient pas au système« .

Et il en veut au système John Mueller, qui crée des individus formatés. La religion comme appareil de conditionnement et de répression est montrée du doigt dans des cases qui suintent la violence. L’iconographie chrétienne est systématiquement utilisée comme instrument de domination et de manipulation des masses ignorantes.

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C’est glauque, inquiétant, puissant, stimulant. Et c’est magnifique car le dessin de John Mueller (qui a participé à la création d’univers de jeux comme Gears of War, Dark Millenium ou Warhammer 40 000) est d’une fine précision, à la fois sombre et lumineux. Il entretient la peur, souligne la force et la fragilité. Parfaitement en accord avec le texte, il souligne aussi la détresse de l’homme-cochon qui se découvre instrumentalisé par ceux-là même qui lui ont donné la vie. Il peut dès lors être celui qu’on veut qu’il soit, ce pour quoi il a été fabriqué ; ou choisir sa voie, chercher des réponses et dénoncer.

Depuis L’Ile du docteur Moreau jusque l’Orwell de La Ferme des animaux et de 1984, les références littéraires classiques abondent ; l’imagerie puise dans l’iconographie nazie et soviétique, et se prolonge dans le jeu vidéo ; on passe aussi par le rock (Another Brick in the Wall), en tout cas moi, je suis allée jusque là.

Un regret : la fin un peu abrupte.

On avait prédit à John Mueller qu’il n’arriverait pas à survivre en tant qu’artiste, que l’art n’était pas une voie raisonnable. Ben voilà.

Couverture

 

Oink le boucher du paradis (Heaven’s Butcher, 1995-2015), John Mueller traduit de l’anglais (américain) par François Peneaud, Delirium, mai 2015, 128 pages, 20€

 

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