L’autre ville – Michal Ajvaz


L'Autre villeAmis de l’étrange et du bizarre, L’Autre ville est fait pour vous. Le narrateur ayant découvert un livre aux caractères typographiques inconnus est persuadé qu’un « monde étrange doit se déployer près de nous« . Il part dès lors en quête de la cette cité obscure, sorte de monde parallèle aux accents carrolliens (de Lewis Carroll, ou gaimaniens, ou gilliamien, les références foisonnent). C’est pourtant dans Prague enneigée qu’il va devoir fuir devant un troupeau de belettes, lutter contre un requin en haut d’un clocher et voyager à dos de raie. Entre autres, bien sûr car

Des combats sans merci d’homme à homme ont lieu dans la jungle enivrante des penderies, personne ne sait derrière quel vêtement va jaillir une lame affûtée. Et les soldats qui luttent, mois après mois, parmi les manteaux, finissent par ressembler plus à des manteaux qu’à des hommes, et leurs pensées elles-mêmes deviennent des pensées de manteaux…

Je ne cacherai pas qu’il m’a été assez difficile d’entrer dans ce roman. Les longues phrases forment difficilement sens et arrivé à la fin de l’une d’entre elles, on ne sait plus de quoi il était question au départ. C’est déroutant. Il faut certainement donc aborder L’Autre ville avec d’autres moyens que ceux du sens et de l’intelligible. C’est d’ailleurs ce que finit par comprendre le narrateur : « la grammaire est une démonologie appliquée« . Il n’y a pas de sens à trouver, pas même absurde.

Ainsi le lecteur suit-il un voyage initiatique qui devient le sien. Après avoir essayé d’interpréter, de comprendre, de trouver un sens aux tableaux fantasmagoriques inventés par le Tchèque Michal Ajvaz, le lecteur s’entend dire que ce n’est là que

l’expression d’un désir de ramener la cité obscure à un ordre connu, d’en faire une extension de ma patrie pour mieux la soumettre et la détruire.

Faire entrer l’imaginaire dans les cases du rationnel.

A quoi bon dès lors chercher un sens ? Autant se laisser bercer par la belle langue (d’autant plus que « la traduction n’a pas d’original« ), surprendre par les tableaux de cette Prague surréaliste. Si besoin est, je dirais que Michal Ajvaz écrit un pamphlet poétique pour la différence, pour le libre choix de regarder et d’interpréter le monde différemment.

La quatrième de couverture précise que l’auteur « est l’écrivain tchèque contemporain le plus reconnu« . Moi qui n’avais pas lu de tchèque depuis Kafka, je me réjouis : s’ils sont tous comme ça les auteurs tchèques, il est grand temps que je m’y mette !

 

L’autre ville (Druhé mesto, 1993), Michal Ajvaz traduit du tchèque par Benoît Meunier, Mirobole, avril 2015, 220 pages, 19€

 

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