Jeunesse

La voie des oracles / 1 – Estelle Faye

La voie des oraclesSuite aux invasions barbares, il ne reste plus grand-chose de l’Empire romain. Thya est la fille du glorieux général romain Gnaeus Sertor, jadis victorieux à Borg. Il a exilé sa famille en Aquitana car Thya a des dons de devineresse. Or, si quelque chose perdure de l’Empire qui s’écroule, c’est bien la religion chrétienne. Violente et intolérante, elle fait la chasse à tout paganisme et plus généralement à toutes croyances divergentes. Les anciens dieux sont diabolisés, les oracles comme Thya pourchassés.

Mais voilà qu’Aedon tente de faire assassiner son père. Grâce à une vision, Thya comprend qu’elle doit fuir la maison paternelle et son frère pour partir vers Borg, très au nord. Aedon ne va pas lâcher la mise, mais soudoyer un jeune galant, Enoch, qui fera le voyage auprès de l’adolescente, se faisant passer pour son allié. Et de fait, il l’aidera, de même que l’ancien légionnaire Mettius qui a servi sous les ordre de Gnaeus à Borg.

Tout en échappant aux poursuivants lancés par son frère, Thya est bien décidée à en savoir plus sur elle-même et sur son passé : que s’est-il vraiment passé à Borg ? Qui est le Diseur ? De quoi Mettius se sent-il coupable ? Enoch, maquilleur de son état, n’est pas exempt d’interrogation personnelle : sa mère était prêtresse et il ignore qui était son père. Il est pourtant mi-barbare, mi-romain, ce qui fait de lui un jeune homme sans vraie patrie. Et a priori de peu de scrupules puisqu’il accepte de trahir la confiance de Thya, tout en cherchant à la séduire.

La romance qu’on pressent inévitable se développe en effet : nous sommes dans de la littérature pour adolescents. Ceci dit, Estelle Faye choisit une époque tout à fait inusitée pour le genre, qui donne un intérêt certain à ce roman qui ne se limite pas à l’intrigue amoureuse. C’est la quête de soi et la quête des origines qui sont au cœur de ce premier tome de La Voie des oracles. Cette problématique identitaire n’est pas neuve non plus, mais elle est dynamisée par le contexte.

Ce sont surtout les personnages qui font la différence : Estelle Faye évite le cliché de la jeune fille révoltée, du séducteur, du grand méchant. Les personnages et leur passé ne se dévoilent que peu à peu, leur véritable personnalité est un des ressorts de l’intrigue, et elle est loin d’être univoque.

Reste à savoir si les lecteurs adolescents pousseront la curiosité et l’envie de dépaysement jusqu’à la Gaule du Ve siècle…

 

La Voie des oracles – 1 : Thya, Estelle Faye, Scrinéo, octobre 2014, 336 pages, 16,90€

 

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