Le monde perdu – Arthur Conan Doyle


conandoyleArthur Conan Doyle naît en 1859 à Edimbourg. Il y fait ses études et s’installe comme médecin en 1882. Il n’exercera cette profession que jusqu’en 1892, date à laquelle, son succès littéraire est tel qu’il peut vivre de sa plume. Pourtant, le premier de ses romans policiers Une étude en rouge ne date que de 1887. Mais le grand Sherlock Holmes rencontre un succès fulgurant et si important qu’il en occulte presque totalement certains pans de la production du grand pair anglais : il a écrit plusieurs romans historiques, ainsi que des histoires militaires et des traités de spiritisme. C’est bien sûr à sa grande œuvre de science-fiction que nous nous attacherons, tant elle a fait date dans l’histoire du genre.

Pour une amourette…
The Lost WorldLe jeune Edward Malone, journaliste à la Daily Gazette n’a d’yeux que pour la belle Gladys. Mais elle ne rêve que d’un aventurier, d’un vrai héros dont le nom s’épanouirait à la une des journaux, et pas au bas d’un article… Par amour donc, Malone rend visite à l’insupportable professeur Challenger, précédé de loin par une réputation de mauvaise humeur, voire de violence excessive. Le naïf journaliste parvient cependant à dompter ce caractériel qui en vient à exposer publiquement ses thèses pour le moins révolutionnaires : non, les grands animaux préhistoriques n’ont pas totalement disparus, il en reste quelques spécimens bien vivants, quelque part dans la jungle amazonienne. Sommé de prouver ses dires, Challenger monte une équipe qui se met en route pour l’Amérique du Sud.
Sous la plume de Malone, qui sous forme de lettres, puis de journal, relate les faits, c’est alors un monde extraordinaire, un monde perdu qui s’offre au lecteur d’hier et d’aujourd’hui.

Rien ne nous sembla plus merveilleux que cette grande nappe d’eau devant nous. Notre nombre et notre bruit avaient effrayé toutes les créatures vivantes et, à l’exception de quelques ptérodactyles qui dessinaient des cercles loin au-dessus de nous, tout était calme autour du campement. Mais ce calme ne se retrouvait pas sur les eaux roses du lac central : elles frémissaient, elles se soulevaient comme sous l’effet d’une vie personnelle. De grandes échines couleur d’ardoise et des ailerons en dents de scie apparaissaient avec une frange argentée, puis disparaissaient à nouveau vers les grandes profondeurs. Au loin, les bancs de sable étaient tachetés de formes rampantes : grosses tortues, sauriens bizarres, et même une grande bête, plate, comme un tapis-brosse qui aurait palpité, et noire avec une peau grasse, que nous vîmes couler lentement vers le lac.

Challenger, l’autre héros de Conan Doyle
lemondeperduBien sûr, les quatre voyageurs ne sont pas au bout de leurs découvertes et ils croiseront bien d’autres bestioles étranges, le plus souvent inamicales et mal intentionnées à leur égard. Le récit est ainsi ponctué de scènes de combat avec les créatures préhistoriques, de découvertes de l’environnement pour le moins exotique puis d’affrontements avec les indigènes découverts sur le tard. Si les dinosaures sont aussi les héros de ce livre, le personnage inoubliable est sans doute le professeur Challenger. C’est un caractère haut en couleur, vaniteux et fier, imbu de sa personne et irascible. Il ne fait aucune concession et tient tout ce qui n’est pas savant pour quantité négligeable. Les journalistes sont sa tête de turc favorite, ce qui donne lieu à quelques cinglantes réparties. Son confrère et contradicteur, le professeur Summerlee n’est pas mieux loti et subit, pour le plus grand plaisir du lecteur, les affirmations et démonstrations acerbes de cet ours acariâtre. Car il y a de l’ours en Challenger, ou bien du singe, comme le peint si bien Conan Doyle :

Son volume vous coupait le souffle ; son volume et sa stature imposante. Il avait une tête énorme ; je n’en avais jamais vu d’aussi grosse qui couronnât un être humain […]. Tout de suite j’associai son visage et sa barbe à l’image d’un taureau d’Assyrie ; sur le visage rubicond, la barbe était si noire qu’elle avait des reflets bleus ; mais elle était taillée en forme de bêche et elle descendait jusqu’au milieu du buste […]. Les yeux gris-bleu s’abritaient sous de grandes touffes noires : ils étaient très clairs, très dédaigneux, très dominateurs. Au-dessus de sa table émergeaient encore des épaules immensément larges et un torse comme une barrique… Ah, j’oublie les mains : énormes et velues ! .

Ironique description d’un scientifique appelé à découvrir une race inconnue d’hommes-singes… C’est pourtant un personnage inoubliable que Conan Doyle réutilisera dans d’autres textes : La ceinture empoisonnée (1913), La vallée des brumes (1925), La machine à désintégrer (1928), Quand la Terre hurla (1928).

La paléontologie, une science jeune
Au moment où Conan Doyle écrit Le monde perdu (1912), la paléontologie a déjà un long passé. C’est le naturaliste français Georges Cuvier (1773-1832) qui entrepris les premiers travaux scientifiques sur les fossiles démontrant pour la première fois que des espèces animales avaient disparu au cours de l’histoire de la Terre. Tandis que des Britanniques (William Buckland, Gideon Mantell) reconstituent des squelettes de créatures disparues, Richard Owen leur donne leur nom de dinosauria et collabore à la réalisation de reproductions grandeur nature de ces animaux pour le parc du Crystal Palace de Sydenham. Les expéditions scientifiques se multiplient et des restes sont mis à jour en Amérique du Nord, en Allemagne, en Belgique, en Afrique. Tous les grands musées veulent avoir leur squelette reconstitué et en 1905, une reproduction d’un squelette de diplodocus fait son entrée solennelle au muséum d’histoire naturelle de Londres. Parallèlement, on s’interroge sur la nature et le mode de vie de ces grands animaux, et on extrapole… amphibiens, bipèdes, avec ou sans queue, carnivores ? La science rencontre alors parfois l’imagination la plus débridée.

Dinotopia

L’imagination au secours de la science
Pas étonnant donc que les histoires de confrontations entre humains et dinosaures aient, dès lors, enthousiasmé bien des écrivains. Nous ne retiendrons ici que quelques titres.

Parmi les romans les plus insolites signalons La Plutonie (1926) du Russe Vladimir Obroutchev (1863-1956), Sur la Planète orange (1959) de Leonid Onochko (1905-1980) ou Mastodonia de Clifford D. Simak (1978).

Dans sa nouvelle « Un coup de tonnerre », Ray Bradbury (qui fut très impressionné, enfant, par la projection du film de Harry O. Hoyt et Willis H. O’Brien) imagine une machine à remonter le temps qui transporte des touristes avides de sensations dans l’ère secondaire. S’il est permis d’observer, il est totalement interdit de modifier quoique ce soit sous peine de perturber l’avenir.

Publié aux USA en 1968, Les déportés du Cambrien de Robert Silverberg nous entraîne sur les pas de Hahn, révolutionnaire déporté par un régime totalitaire. Enfermé dans une prison temporelle située à l’ère du Cambrien, il découvre la Terre d’il y a un milliard d’années.

Anne McCaffrey publie en 1978 La planètes des dinosaures. Elle imagine que ces monstres préhistoriques vivent encore sur une autre planète. L’Homme, dans sa course effrénée à la colonisation de l’univers découvre cette incroyable planète et ses habitants…

En 1994 dans la nouvelle intitulée « L’homme aux dinosaures« , Jean-Pierre Andrevon revient au thème du scientifique passionné avec le professeur Prokosh, paléontologue qui se porte volontaire pour un voyage sans retour au temps des derniers dinosaures.

Et bien sûr, les incontournables Jurassic Park et ses suites et Le monde perdu de Michael Crichton (titre en référence directe à Conan Doyle), portés par les superproductions de Spielberg : le scientifique John Hammond réalise son rêve d’enfant en ouvrant un parc zoologique abritant des espèces préhistoriques. Mais l’expérience tourne au drame et le projet est abandonné. Les dinosaures n’en continuent pas moins à se reproduire sur cette île qui devient un véritable monde perdu, tel qu’imaginé par Conan Doyle.

Jurassic Park 3

Au cinéma
La grande adaptation de ce magnifique roman date de 1925. Film muet réalisé par Willis O’Brien, il fut projeté par Conan Doyle lui-même aux membres d’une société scientifique new-yorkaise. Le succès fut considérable car les effets spéciaux (technique de trucage image par image) étaient saisissants pour l’époque. Les monstres étaient des dinosaures modèles réduits fabriqués à partir d’une armature d’acier recouverte d’éponge et de caoutchouc.

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Quand en 1960 Irvin Allen décide de réaliser à son tour une adaptation, les animaux préhistoriques sont en fait des reptiles vivants déguisés en monstres. Quant à Spielberg, il avait d’autres moyens financiers…

The Lost World Poster

 

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