#Bleue – Florence Hinckel


#bleueSilas et Astrid sont très amoureux l’un de l’autre : ils s’aiment comme si c’était la première fois, ce qui est d’ailleurs le cas. Mais ne partez pas tout de suite : il ne s’agit pas là de la énième bluette adolescente sur fond de dystopie, mois après mois plus insipide. Florence Hinckel est bien plus maline que ça : l’amour va servir de moteur aux deux jeunes gens, c’est ce qui va les motiver, les faire agir.

Première partie : Silas raconte sa rencontre avec la belle Astrid, ses timidités, son étonnement, sa joie. Mais ce que le lecteur sait parce que la scène ouvre le roman, c’est qu’Astrid va mourir dans un accident. En une seconde, le grand amour, le bel avenir sont détruits. Silas n’a plus que ses souvenirs, et sa peine. Ce qui ne peut être longtemps un problème puisque la CEDE est prête à intervenir. La Cellule d’Eradication de la Douleur Emotionnelle est en effet là pour supprimer la douleur car il n’est pas acceptable de souffrir si on peut l’éviter, non ? Sans qu’on lui demande son avis ni même celui de ses parents, Silas passe à la CEDE et le voilà débarrasser du chagrin de la perte. Il écope en plus d’un point lumineux bleu au creux du poignet.

Florence Hinckel construit intelligemment son intrigue à partir de ce qui fait figure d’évidence mais qui devient vite un paradoxe : pourquoi souffrir psychologiquement si on peut l’éviter ? On dit tous non à la douleur a priori et pourtant, on comprend peu à peu que la peine, le chagrin comme toutes les émotions sont constitutives de l’être humain. Il ne s’agit pas bien sûr de faire l’apologie du masochisme mais bien de dessiner une carte toute en nuances des émotions. Etre triste, éprouver de la peine, c’est ça aussi être humain et c’est ça le blues…

Cette réflexion déjà intéressante s’enrichit d’une vision plus globale sur la liberté individuelle et la démocratie. Quelle société sommes-nous en train de construire à force de réseaux sociaux, de popularité virtuelle et d’information aseptisée ?

Dans ce monde tel qu’il est devenu, les autorités n’ont même pas besoin de surveiller et supprimer les contenus contestataires sur le Réseau, car comme le disait mon père, cela n’intéresse personne, de toute façon. C’est ce qui permet à chacun de se croire en démocratie, puisque rien n’est censuré. Il suffit que les médias ne relaient que ce qui ne fera pas de vague, ou ce qui dirigera l’indignation collective vers de fausses pistes, inoffensives pour le système.

Une belle réussite que ce #Bleue qui rappelle l’importance de l’émotion et interroge nos modes de vie actuels, en apparence inoffensifs voire libérateurs mais qui génèrent une aliénation d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est pas ressentie comme telle.

Florence Hinckel sur Mes Imaginaires

 

#Bleue, Florence Hinckel, Syros (Soon n°20), janvier 2015, 254 pages, 15,90€

 

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