Le château des millions d’années – Stéphane Przybylski


château des millions d'annéesComme le suggère la couverture d’Aurélien Police, il y a dans Le Château des millions d’années des nazis et des dromadaires. Il y a aussi des extraterrestres et si vous pensez que tout ce monde-là ne peut cohabiter sans trop de dommage pour la crédibilité de l’ensemble, c’est que vous ne connaissez pas Stéphane Przybylski. Ceci dit moi non plus, vu qu’il s’agit là d’un premier roman, du premier tome d’une tétralogie, ce qui est bien dommage car il va falloir attendre un temps fou pour avoir la suite et la conclusion de cette épatante histoire.

Épatante parce que cohérente, très construite et efficace.

Avant que n’éclate enfin la Seconde Guerre mondiale, avant que France et Grande-Bretagne ne se décident à dire halte à Hitler, celui-ci annexe de-ci de-là les territoires qui lui conviennent. Son affaire tourne plutôt pas mal. Alors qu’a-t-il besoin d’envoyer deux hommes dans le désert irakien ? Joachim Schmundt, archéologue et Friedrich Saxhäuser, agent de la sécurité et garde du corps de Hitler font partie d’une expédition scientifique de l’Ahnenerbe au Moyen Orient. Le second assure officiellement la sécurité du premier qui lui supervise des fouilles au nord de Bagdad. Des fouilles en vue de rechercher d’anciennes races aryennes ayant jadis dominé le monde. On dirait un délire de romancier ésotérique mais même pas. L’ Ahnenerbe a bel et bien existé et cherché de par le monde des preuves de l’existence et de la supériorité de la race aryenne depuis la nuit des temps. Bon, pas jusqu’en Irak (même si l’idée a pu être émise), mais l’Orient sied magnifiquement au château des millions d’années. Stéphane Przybylski va donc creuser la veine du mysticisme nazi pour construire une intrigue principale qui se mêle facilement à la réalité historique. Idem par la suite avec les « Foo Fighters », même si là aussi, il y a déplacement…

Parce que Stéphane Przybylski est historien et qu’il connaît bien le Troisième Reich. Si l’intrigue irakienne débute en juin 1939, le récit ne cesse de faire des bonds plus ou moins grands dans le passé, permettant la mise en place du contexte historique et d’appréhender l’évolution des personnages. Stéphane Przybylski ne vous laisse pas tout seul avec vos souvenirs parfois lointains du second conflit mondial. Mais, et c’est pour moi une des premières lois du roman historique réussi, il ne vous inflige pas des tunnels explicatifs et descriptifs censés vous rafraichir la mémoire. Précisions et événements historiques sont inclus dans l’action. Autant dire que c’est un roman à ne pas lire somnolent : les multiples sauts temporels alimentent le suspens et créent une dynamique narrative implacable.

Et efficace. Parce que Friedrich Saxhäuser est un aventurier, un espion, un de ceux qui se sortent de quasi tout parce qu’ils sont plus malins que les autres. Dommage qu’il soit au service de Hitler, dommage vraiment qu’il lui ait sauvé la vie en ce 9 novembre 1923, créant ainsi entre eux d’indéfectibles liens et à plus grande échelle, entrainant la mort de millions de personnes… On ne perd jamais de vue que Friedrich Saxhäuser, aussi charismatique soit-il est une pourriture de nazi : il tue sans état d’âme, sur ordre. Mais il réfléchit aussi beaucoup, ce qui semble faire défaut à certains membres de son entourage. Il réfléchit tellement qu’il envisage de quitter le NSDAP… De ce périlleux exercice qui consiste à faire d’un sale type un héros de roman, à l’instar par exemple de Nicolas Eymerich, Stéphane Przybylski se sort avec les honneurs tant il manie la nuance avec finesse.

Et les extraterrestres dans tout ça ? Eh bien on ne sait pas grand-chose d’eux si ce n’est à la toute fin de ce premier tome, et je me garderai donc bien d’en dire trop. Disons qu’ils ont l’air de surveiller Saxhäuser du haut de leur vaisseau, qu’ils essaient de lui mettre la main dessus. C’est qu’ils veulent récupérer une sorte de montre et une fiole de produit vert lumineux que Saxhäuser a volées dans les ruines du château des millions d’années. Mais que cet espion aguerri se dérobe à eux : il s’est injecté le produit qui a considérablement augmenté ses capacités physiques, et cette découverte pourrait intéresser le Reich sur le point d’envahir la Pologne. De plus, il ramène en Allemagne le cadavre d’une des créatures mystérieuses qui le traquent. Le voyage depuis la vallée du petit Zab jusqu’en Allemagne va être long et périlleux, agrémenté d’espions britanniques.

Je ne sais pas encore où va nous entrainer cette intrigue, Bagdad, c’est déjà pas mal loin, et les extraterrestres semblent au moins millénaires. Mais j’ai aimé ce premier tome parce que c’est un bon roman historique ; parce que les éléments imaginaires s’appuient sur des mythes existants, les utilisant et extrapolant pour mieux travailler la matière ; parce que sa construction rigoureuse sert parfaitement le dynamisme du roman d’aventure qu’il est aussi.

Il peut sembler peu original d’entrer en littérature avec un roman sur les Nazis et la Seconde Guerre mondiale. Comme il peut paraitre risquer d’offrir une trame à quatre-vingt-quinze pour cent historique à un roman relevant des littératures de l’Imaginaire. Et les réfractaires au roman historique resteront sans doute à la porte. Pourtant, Stéphane Przybylski sert l’Histoire aussi bien qu’il s’en sert, osant composer avec une période sombre, à l’image de l’âme de ses protagonistes.

Ce premier tome allie plaisir de la découverte et plaisir de lecture. Il crée l’attente, à peine supportable et c’est son seul défaut.

Stéphane Przybylski sur Mes Imaginaires

 

Tétralogie des Origines – 1 : le château des millions d’années, Stéphane Przybylski, Le Bélial’, février 2015, 356 pages, 20€

 

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