Mingus – Keto von Waberer


MingusAu début, le lecteur est désorienté : il avance dans un brouillard assez semblable à l’esprit de Mingus. Qui est-il ? Qu’a-t-il fait ? Puis peu à peu, personnages et situation se mettent en place, au gré de l’alternance de différents points de vue.

Mingus est l’un des narrateurs : mi-homme mi-lion, au moment où s’ouvre le roman il tue son père, Léo, un généticien « génial » qui a réussi le croisement entre hommes et animaux. Mais Léo a tenu sa merveille enfermée, de même que Nin que Mingus libère avant de prendre la fuite. Nin est une fille d’Aristos, kidnappée depuis très longtemps et qu’on croyait morte. On découvrira avec une certaine horreur à quoi Léo l’a employée. Pour Mingus, Nin est « le petit frère » qu’il sauve, sur lequel il doit veiller. Mais après une période heureuse en forêt, ils sont séparés. Ils vont n’avoir de cesse que de se retrouver.

Parmi les autres voix qui s’entrecroisent dans ce roman, il y a celle de Tara, ancienne chimiste qui vit cachée dans les entrailles de Megacity, ville basse où destruction et abandon règnent en maîtres. Elle recueille Mingus et le cache car  nombreux sont ceux qui veulent le capturer, qui pour le montrer, qui pour l’analyser. La propagande d’Etat, avec à sa tête le énième clone du Präsi, le dit dangereux pour mieux le traquer. Dès lors qu’il quittera la vieille Tara, la fuite deviendra son quotidien.

Mingus est un roman intéressant par sa construction polyphonique et la variété des thèmes abordés. J’ai particulièrement apprécié la maîtrise narrative des premiers chapitres. Mais la complexité nuit quelque peu au rythme et l’alternance des points de vue focalise l’attention sur les personnages plus que sur le contexte. Dès lors, on voudrait en savoir beaucoup plus sur Megacity, sur son tyran moult fois cloné, sur ses marges et ses sectes. On s’interroge cependant efficacement sur les manipulations génétiques et sur le pouvoir des médias dans une société oppressive. Et qu’en est-il de l’amour dans un monde où le désir n’existe plus ?

 

Mingus (Mingus, 2012), Keto von Waberer traduite de l’allemand par Jacqueline Chambon, Le Rouergue jeunesse (Epik), janvier 2015, 313 pages, 15.90€

 

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