Tétraméron – José Carlos Somoza


TétraméronUn nouveau roman de Somoza pour le lecteur qui l’apprécie, c’est à la fois une joie et un gage d’étrangeté : plaisir du bizarre ciselé, du sens caché derrière une symbolique obscure, parfois scientifique. Ici, le titre explicite laisse augurer, à l’image de l’Heptameron, une nouvelle variation du recueil de nouvelles florentin. Mais pour Somoza, variation ne peut aller sans subversion, de la littérature et de son matériau : les personnages. Le Tétraméron se présente donc comme un écrin dont le lecteur soulève les couvercles un à un, jusqu’au cœur du sujet, comme des poupées russes. Mais y parvient-il ?

Soledad est une enfant de douze ans orpheline de mère. Mal dans sa peau, elle se sent décalée, invisible. Aussi pense-t-elle qu’elle peut fausser compagnie à sa classe lors de la visite d’un ermitage : personne ne se rendra compte de son absence. Si elle ne tombe pas dans un trou, Soledad descend cependant dans les entrailles de cet endroit étrange. Elle pénètre dans une pièce sombre où se réunissent quatre mystérieuses personnes, deux hommes et deux femmes, qui se racontent des histoires. Elle les écoute, debout dans la petite pièce. Peuplées de gens bizarres auxquels il arrive des choses non moins étranges, ces histoires décousues perturbent Soledad, et pour cause. Elles égrainent un chapelet de perversions dans des ambiances malsaines voire mortifères. A la fin de chaque histoire, Soledad doit enlever un ou deux vêtements.

On ne s’attend pas à de la lecture tout confort en ouvrant un livre de Somoza, c’est même pour ça qu’on le choisit. On sait qu’il va falloir lire à travers les symboles, interpréter et faire sens. On peut mettre plus ou moins de temps à trouver le fil qui relie ou la clé qui ouvre. Je vous souhaite de trouver l’un ou l’autre. Pour ma part, j’ai paradoxalement trouvé cette construction bien trop alambiquée, voire spécieuse. Oui, au fil des histoires, Soledad s’arrache à l’enfance et devient femme ; oui, ce passage entre enfance et âge adulte entraine une certaine confusion qu’illustrent les contes ; oui, la transition fait souffrir, rire et pleurer. Mais qu’en est-il du Décaméron ? Qu’apporte cette structure si élaborée ? Et le joyeux libertinage florentin se fait catalogue de perversions…

Soledad ne comprend pas grand-chose aux histoires racontées, le lecteur non plus. Certaines font sens pour elles-mêmes, au gré d’un réjouissant surréalisme noir, d’autres restent obscures quant aux liens avec l’ensemble. Ce qui procure un méchant sentiment d’artificialité. En rappelant sans cesse au lecteur qu’en lisant un chapitre supplémentaire il ouvre un coffre dans un coffre dans un coffre dans un coffre… Somoza entretient (essaie d’entretenir) l’attention.

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Si ce n’était la promesse d’une fin en forme de révélation (de clé, enfin !) et le nombre modeste de pages, je n’aurais pas terminé ce roman qui a fini par m’ennuyer, et me décevoir…

José Carlos Somoza sur Mes Imaginaires

 

Tétraméron (Tetrammeron, 2012), José Carlos Somoza traduit de l’espagnol par Marianne Million, Actes Sud, février 2015, 247 pages, 21.50€

 

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9 commentaires sur “Tétraméron – José Carlos Somoza

  • A_girl_from_earth

    Aah zut pour les dernières lignes de ton billet ! Je suis assez fan de Somoza, même si je ne suis pas sûre qu’on puisse se décréter fan en n’ayant lu qu’un livre d’un auteur (Daphné disparue).^^ Du coup, ça fait quelques années que je me dis qu’il faut que j’en lise d’autres de lui mais bon, temps, LAL, PAL, autres tentations… Et là je me frottais les mains à l’idée d’un nouveau titre…

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ce ne sont bien sûr que mes impressions… mais j’attends avec impatience les réactions d’autres lecteurs, qu’ils soient ou non fans de Somoza à la base.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Hâte de lire ton avis. Du coup, j’ai envie de m’en lire un autre parce que je n’aime pas rester sur des déceptions avec les auteurs que j’apprécie…

  • Lelf

    Je suis en plein dans la lecture et je n’arrive pas à me mettre vraiment dedans. Comme tu dis, on ne comprend pas grand chose aux contes. Et je trouve la structure un poil too much (les interludes des coffrets + les vêtements + les réflexions intérieures… tout cela était-il vraiment nécessaire ?).
    Ceci dit j’ai commencé à apprivoiser le côté étrange au fil des pages et ça ça me plaît assez. Mais je dois dire que la rencontre avec l’auteur ne se fait pas vraiment là du coup. Dommage parce que je trouvait ça super accrocheur comme principe. Bon, il me reste encore la 4e conteuse et la fin à voir, peut-être que l’ensemble m’apportera un peu plus que la progression jusque là ^^

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      J’espère qu’une fois toutes les boîtes ouvertes, tu seras plus convaincue que moi, car malgré cette déception, je pense vraiment que Somoza est grand…

      • Lelf

        Fini. Bon ben non, pas plus convaincue par la fin. J’aime bien les fables, les métaphores, j’adore les bouquins sur le fait de grandir… mais là je suis passée à côté. Mais l’imaginaire est riche et le sens de l’étrange vraiment intéressant. Je regrette juste que ce premier contact soit bien mitigé :/