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Aucun homme n’est une île – Christophe Lambert

Aucun homme n'est une îleTenter une uchronie sur la révolution castriste était un pari risqué. Fidel Castro a beau être toujours de ce monde, les Soviétiques, la guerre froide, c’est quand même de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, on a les Islamistes, qui n’ont pas encore pris par la force un territoire occidental mais allez savoir…

Heureusement, cette époque ne manque pas de héros, au premier rang desquels Che Guevara. Et surprise, Ernest Hemingway qui grâce à la magie du genre décide de ne pas se suicider et d’aller interviewer Castro sur place, en juillet 1961. Or figurez-vous que ce leader n’est pas en bonne position : suite à un débarquement américain parfaitement organisé, ses troupes ont dû se retrancher dans la montagne. Ils ne sont plus que quelques hommes, mais le Che en vaut cent ! Il décide de reprendre l’initiative en attaquant Trinidad occupée par les Américains. Castro approuve le plan tout en s’inquiétant du charisme grandissant de l’Argentin.

Hemingway n’est pas moins enthousiaste à l’idée d’interviewer Castro, comme au bon vieux temps. Mais voilà, la CIA ne va pas laisser se balader seul le célébrissime prix Nobel. On lui colle donc aux basques un agent, Robert Stone, qui se fait passer pour un photographe mais que le vieux renard démasque aussitôt. Tous deux vont crapahuter à la recherche du camp retranché d’Escambray, affrontant le danger.

Bien que l’uchronie réécrive l’Histoire, elle se doit d’être crédible. Peut-on croire que les Américains ont réussi à débarquer et à reprendre Cuba en juillet 1961 ? Oui, pourquoi pas si… (le « si » étant la base de l’uchronie). Peut-on croire que l’Union soviétique laisse faire ? C’est déjà plus difficile mais il est préférable d’oublier le contexte international pour laisser place à l’action et à l’imagination.

Dès lors, on plonge très rapidement dans le vif du sujet avec Aucun homme n’est une île, et d’autant mieux si on apprécie Hemingway. Pas tant l’écrivain que le personnage, cette sorte d’ours qui devait dans les faits être difficile à vivre. Il incarne le courage, la fraternité tout en amoncelant autour de lui les clichés de l’écrivain tourmenté. Un excellent personnage de roman, déjà utilisé par Leonardo Padura par exemple, écrivain bien cubain.

L’intrigue se noue essentiellement autour de la recherche du camp retranché et des événements qui alors accélèrent considérablement le cours de l’Histoire. L’amitié, l’admiration, le courage et le commandement sont les ressorts principaux du roman. Les personnages sont envisagés autant d’un point de vue historique que mythique, ainsi Histoire et légende font-elles bon ménage (à souligner cependant qu’Hemingway ne peut pas avoir vu L’Homme qui tua Liberty Valance sorti en 1962, à moins de pousser vraiment loin l’uchronie…). Une petite déception quand même relative à l’accélération finale : on aurait bien vu tout ce monde-là errer encore dans les montagnes cubaines, plutôt que d’être sauvés par les militaires américains qui dégomment avec les gros fusils tous ces méchants Soviétiques.

Christophe Lambert sur Mes Imaginaires

 

Aucun homme n’est une île, Christophe Lambert, J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), février 2014, 282 pages, 16€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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