Jeunesse

Le jour où… – Paul Beorn

BeornCe jour-là, c’est celui du Marchand de sable : tous les adultes se sont endormis. Tous les gens âgés de plus de seize ans se sont peu à peu affaissés, écroulés, pour sombrer dans une sorte de coma inexplicable. Rien à faire pour les en tirer. Le lendemain, c’est la fête sans les parents sur le dos, mais ensuite, l’ambiance tourne au vinaigre. Certains commencent à se livrer au pillage, à être violents, d’autres à entasser les denrées de premières nécessités. Allez savoir combien de temps ça peut durer ce coma ?

Quand débute Le jour où… voilà une semaine que les adultes sont aux abonnés absents. Léo a eu le temps de devenir le chef de la Cantine, un immeuble qui abrite les enfants qui cherchent un toit et surtout tous les bébés laissés sans soin. Il y a là une poignée d’adolescents, des plus jeunes, et tout ce monde-là s’entend pour faire tourner la Cantine autour de Léo. Faut dire qu’il a tout pour faire un bon chef Léo : il est radicalement honnête, généreux, courageux, il pense à tous les autres avant lui.

Autant dire qu’il aurait fait un héros de roman particulièrement ennuyeux. Heureusement, Paul Béorn lui adjoint une narratrice, faisant ainsi alterner les chapitres. Elle s’appelle Marie, c’est l’amie d’enfance de Léo, depuis toujours amoureuse de lui. Parce que ce garçon-là a du charme et mieux encore : il ne le sait pas. Tellement peu sûr de lui qu’il ne se rend pas compte qu’elles craquent toutes pour lui…

Le jour où… se développe autour de deux thématiques principales : rapports entre adolescents et survie dans un univers hostile. On pense bien sûr au maître livre de William Golding. Plus proche de nous, ce roman n’est pas sans rappeler La survivante de Gilles Fontaine, la série BD Seuls de Vehlmann et Gazzotti et bien sûr la série à succès Gone de Michael Grant. Du coup, il faut que Paul Beorn maîtrise sujet et narration pour ne pas servir du réchauffé à un public souvent exigeant.

Deux aspects particulièrement réussis pallient le manque d’originalité de l’intrigue : le ton et le suspens. Les monologues intérieurs des deux narrateurs et les dialogues entre les personnages sont juste parfaits. C’est simple : on les entend parler. Alors oui, il y a pas mal de gros mots, c’est mal mais c’est certainement ce qui fait le naturel de l’affaire. Alors qu’il me semble particulièrement difficile de rendre des dialogues fluides, et encore plus quand il s’agit d’adolescents, Paul Beorn les restitue avec aisance, sans trop en faire. C’est ce qui ancre le roman dans un réalisme parfois très sombre, parfois drôle, toujours crédible. Les personnages sonnent juste, ce qui contribue à crédibiliser l’incroyable situation.
Autre point fort : le suspens est épatant. J’ai déjà lu tout un tas de romans pour adolescents et généralement, après dix pages, vous savez comment ça va finir. Là, pas du tout. Il faut dire que l’auteur ne ménage pas ses personnages (autant le dire : on en perd en route…), je me suis surprise à lire la fin avec l’impatience non pas de terminer mais de savoir comment et qui allait s’en sortir. Épatant je vous dis.

Dernier atout et non des moindres : ce livre n’est pas le début d’une série ni même d’une trilogie : c’est un one shot, profitez-en !

Paul Beorn sur Mes Imaginaires

 

Le jour où… Paul Beorn, Bragelonne (Castelmore), octobre 2014, 415 pages, 16.90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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