L’Education de Stony Mayhall – Daryl Gregory


Education de Stony MayhallQuoi de plus naturel pour un zombie que de se décomposer, de pourrir sur place, mais de durer malgré l’écoeurement qu’il provoque. C’est ce qui arrive au genre lui-même, et ce qui ne tardera pas à advenir aussi du lecteur qui croule sous l’invasion.

Certains auteurs alléchés mais indulgents tentent de le renouveler. On a lu par exemple la version « fleur bleue » avec Vivants d’Isaac Marion, voici la version « je suis un mec sympa » avec L’Education de Stony Mayhall de Daryl Gregory, quasi inconnu chez nous.

Alors oui, Stony est mort, mais c’est bien la seule chose qui le distingue des humains, hormis une peau un peu grisâtre et des yeux d’huitre malade. Sinon, il a été bébé comme tout le monde, il a grandi, aimé sa maman et ses sœurs, s’est fait plus tard des amis et des ennemis. Et on n’imagine pas, mais avoir un enfant zombie à la maison, c’est vraiment pratique : pas de couches à changer, pas de biberons à préparer ni de petits légumes à éplucher, cuire et congeler. Non : Stony ne mange pas (il le fait pour faire illusion puis s’en va vomir…), ne boit pas, ne dort pas, n’est jamais malade ni sujet à la douleur, ne baise pas… ah mais il fume ! Et puis il réfléchit beaucoup parce que sa situation et celle des MV (comprenez morts vivants) du monde entier (comprenez des Etats-Unis) est plus que précaire : ils sont en voie d’extinction (si seulement…).

Voilà le contexte : en 1968, ce n’est pas à une horde de babas cool que le pays a dû faire face mais bien à une invasion de zombies. Les humains s’en sont sortis mais gardent une méfiance tenace à l’égard de tout ce qui claudique en bavouillant du sang. Stony Mayhall doit sa survie au fait qu’il a été trouvé bébé et qu’il a grandi caché au sein d’une famille aimante. En plus, il est beau (ou presque) et obéissant, travailleur, bon fils et bon frère. Et bien sûr, il se croit seul en son genre. Ce qu’il n’est pas.

Il va rencontrer ses semblables et découvrir qu’ils sont divisés en factions opposées, depuis les pacifiques jusqu’aux partisans de la Grande Morsure qui mettra fin au genre humain et verra l’avènement des zombies. Et lui le gentil Stony, il est pour l’entente entre zombies et souffleux.

J’étais partie pour vraiment apprécier ce roman, un roman de zombies au Bélial’, ça ne peut qu’être intéressant. Et puis, après un début prometteur, tout ça tourne un peu en rond vers nulle part. On a bien compris que le zombie symbolise l’Autre par excellence, ça n’est pas nouveau et c’est à peu près tout. Je cherche encore l’ « allégorie religieuse chargée d’ironie » (allégorie religieuse, vraiment ??) prônée par James Morrow en quatrième de couverture. J’espère qu’il a été cher payé.

L’Education de Stony Mayhall n’est donc pas aussi original que prévu surtout parce qu’il n’aboutit à rien. On le lit sans déplaisir, on ne s’ennuie presque pas et on sourit même aux quelques pointes d’humour zombiesque.

Daryl Gregory sur Mes Imaginaires

 

L’Education de Stony Mayhall (Raising Stony Mayhall, 2011), Daryl Gregory traduit de l’anglais (américain) par Laurent Philibert-Caillat, Le Belial’, août 2014, 431 pages, 23€

 

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