Nexus – Ramez Naam


NexusSamantha Cataranes, agent de l’ERD (agence américaine contre les risques émergents), est chargée d’infiltrer une bande de jeunes biologistes et informaticiens de génie qui ont mis au point une nouvelle drogue : nexus. Cette nano-molécule est capable de connecter des cerveaux entre eux. En toute illégalité. Pour les jeunes chercheurs, c’est un moyen d’améliorer les communications, de fusionner les intelligences, de vivre des expériences collectives et libératrices. Mais le gouvernement américain ne l’entend pas ainsi. Selon lui, nexus développe une technologie de coercition visant à prendre en masse possession d’êtres humains. Cette drogue rend possible la construction d’une intelligence non humaine (et non américaine) qui n’entre pas dans les plans des Etats-Unis…

Kade, un des brillants neurobiologistes à l’origine de la synthèse et de la diffusion de nexus est contraint par l’ERD de se rendre en Thaïlande. Il doit y rencontrer le professeur Su-Yong Shu, une neuroscientifique chinoise soupçonnée de travailler sur un projet de clonage humain doublé de manipulations psychiques. Il en va tout autrement pour la scientifique qui ambitionne de faire passer l’intelligence humaine à un niveau surhumain et de télécharger des cerveaux dans des machines.

Il s’agit d’améliorer l’espèce humaine, de la faire évoluer vers la posthumanité. Déjà Kade est un être humain technologiquement modifié grâce à nexus qu’il a intégré de façon permanente mais aussi à quantité de programmes informatiques qui améliorent ses capacités (de combat ou de concentration, voire sexuelles quand le logiciel fonctionne…). Il communique de cerveau à cerveau avec Su-Yong Shu qui est elle bien plus qu’une humaine améliorée…

Ce roman est une belle réussite. Il mêle intelligemment les meilleurs ingrédients du genre science-fictif et parvient donc à ses fins : faire réfléchir le lecteur. Il y a à un premier niveau une intrigue qui se tient sans pour autant être basique : les Américains, défenseurs de l’humanité, entendent régenter ce qui peut ou non se faire en matière de techno-stupéfiants. Et ils ne veulent certainement pas laisser quelques jeunes idéalistes répandre une drogue qu’ils ne maîtrisent pas et encore moins se faire damer le pion par les Chinois. Espionnage donc, scènes de combats rapprochés et quelques crises de conscience quand il s’agit de zigouiller des civils pour le bien de la cause (oui, quand même…).

Cette intrigue est d’autant plus consistante qu’elle repose sur de riches personnages dont on découvre peu à peu le passé et les motivations. Ils s’interrogent, évoluent et contribuent ainsi à l’intérêt du roman.

Nexus met également en fiction des éléments scientifiques pointus qu’un lecteur de base pourrait trouver par ailleurs ardus. C’est une des richesses de la science-fiction : rendre compréhensibles certaines recherches voire découvertes scientifiques modernes. Utiliser termes et concepts sans noyer le lecteur ni falsifier le propos.

Au-delà, il s’agit pour Ramez Naam dans un premier temps d’expliciter les avancées en matière d’interface cerveau-ordinateur. Il s’en explique dans une postface éclairante. Il amorce également une réflexion sur l’évolution de l’espèce grâce à la technologie : quel type d’humains sommes-nous en train de fabriquer ? Cette « oignon technologique » qui nous entoure chaque jour un peu plus nous libère-t-il ou nous asservit-il ? Après avoir développer les capacités intellectuelles et physiques des hommes, sciences et techniques ne seraient-elles pas en train de le déshumaniser ?

Nexus est un très bon roman de science-fiction, un des meilleurs que j’ai lus cette année…

 

Nexus (Nexus, 2013), Ramez Naam traduit de l’anglais (américain) par Jean-Daniel Brèque, Presses de la Cité, octobre 2014, 491 pages, 23.50€

 

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4 commentaires sur “Nexus – Ramez Naam

  • Béatrice

    Merci pour cette critique/analyse très pertinente et qui rend bien compte de l’intérêt du roman. Pour moi aussi c’est l’un des meilleurs lus récemment en « hard SF », car la dimension humaine est aussi forte que les vertigineuses perspectives technologiques où il nous entraîne.

  • Cajou

    Il fut très longtemps sur ma wish list, même avant sa sortie, puis n’ayant en fait vu passer presque aucun billet sur lui, je l’ai un peu oublié, mais ton billet ravive furieusement mon désir de le lire !
    Cajou

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Oh oui, il mérite cent fois lecture : c’est vraiment un des romans qui m’a le plus enthousiasmée l’an dernier, il arrive à mêler le rythme du roman d’aventure et la réflexion intelligente sur notre société et même l’avenir de l’humanité. C’est quand même pas rien 😉