Jeunesse

Humains – Matt Haig

HumainsAndrew Martin a démontré l’hypothèse de Riemann, celle qui dévoile le mystère des nombres premiers. Pour ça, il doit mourir. Ainsi en ont décidé les Vonadoriens qui envoient un émissaire faire le boulot : tuer le professeur Andrew Martin et détruire toutes preuves de sa découverte, y compris d’éventuels témoins. C’est que les humains ne sont pas psychologiquement assez mûrs pour supporter les conséquences d’une telle découverte sur le monde.

L’émissaire des Vonadoriens, narrateur d’Humains, a tué Andrew Martin et s’est incarné dans son corps. Physiquement, ceux qui le connaissent ne se trompent pas : c’est bien l’éminent professeur de Cambridge qu’ils ont sous les yeux. Le problème, c’est qu’il se balade à poil en ville et que ça fait désordre. Car oui, l’extraterrestre qui a investi le corps de sa victime n’est pas vraiment au fait des coutumes britanniques ni même humaines. Il ne comprend donc pas tout de suite la nécessité des vêtements et va devoir faire un passage en hôpital psychiatrique. On le dira exténué.

Mais il y a bien d’autres choses que le Vonadorien ne comprend pas : l’amour par exemple, la famille, l’amitié, la peine. C’est que sur sa planète à lui, entièrement et harmonieusement régie par les mathématiques, les sentiments n’existent pas plus que la souffrance ou la mort. Qui est Vonadorien est éternel. Le nouvel Andrew Martin va donc avoir beaucoup à faire pour accomplir sa mission qui passe par le meurtre de Gulliver, le fils d’Andrew martin et désormais un peu le sien. Par celui d’Isobel Martin aussi, sa femme…

A lire Humains, on pense immédiatement à l’excellent roman d’Eduardo Mendoza, Sans nouvelles de Gurb. Comme l’écrivain espagnol, Matt Haig utilise des extraterrestres pour mieux regarder notre société contemporaine d’un œil extérieur, susceptible de souligner ses contradictions et absurdités. Le même humour est à l’œuvre, souvent cocasse.

A travers à l’évolution du narrateur, qui se montre de plus en plus sensible aux émotions et attentions, Matt Haig semble nous dire aussi que malgré toutes ses contradictions et ses défauts, l’être humain est quand même capable du meilleur. Que si certains sont violents, froids, égoïstes, d’autres sont tendres, chaleureux et attentionnés et que pour eux, l’humanité vaut la peine.

Une leçon d’humanisme et d’optimisme sur un mode aussi drôle qu’intelligent.

 

Humains (The Humans, 2013), Matt Haig traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec, Hélium, août 2014, 277 pages, 15,90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

    • Sandrine Brugot Maillard

      La comparaison s’impose tout de suite par le ton et le point de vue. Du coup, c’est aussi un peu écrasant, mais l’auteur s’en sort très bien parce que justement il n’en reste pas à la critique sociale.

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