Adultes

Snowblind – Christopher Golden

SnowblindLe froid, le froid extrême, a déjà fait ses preuves en matière d’angoisse, voire d’horreur. Avec Snowblind, nous sommes plutôt dans le premier registre et comme le dit Stephen King, « ce livre vous glacera les os et le cœur » (on remarquera que King n’est que l’auteur du blurb, mais que son nom figure en haut de la couverture, en quasi aussi gros que celui de l’auteur du livre, Christopher Golden…).

Coventry, non loin de Boston, peut connaître des hivers très rudes. Les habitants sont habitués mais certains se laisseront pourtant surprendre par celui qui ouvre Snowblind : blizzard et tempête de neige d’une violence inouïe déferlent sur la ville. Dix-huit personnes seront mortes ou portées disparues, à jamais emportées par… les hommes de glace ?

C’est ce que le petit Isaac a vu par la fenêtre cette nuit-là, des hommes de glace. Son frère Jake les a vus aussi. Mais ce dernier ne pourra pas sauver son petit frère, tiré hors de la chambre par les créatures. Il meurt dans sa chute et Nikos, part chercher de l’aide. Il ne reviendra jamais. Reste Allie, la mère d’Isaac et Jake, et Milli, la fille de Nikos, à jamais choquées et Jake qui se reproche de n’avoir pas su sauver son frère.

Et les créatures emportent aussi Cherrie, la femme de Doug le garagiste, Martha, la mère du sympathique guitariste TJ qui se soir-là préfère rester et conclure avec Ella. Des enfants sont aussi victimes de la tempête sans que l’inspecteur Keenan puisse rien faire pour eux. Il s’en voudra longtemps.

Ils vous arrachent l’âme – je n’ai pas de meilleure façon d’expliquer ce qu’ils font. Puis vous leur appartenez, et ils vous entraînent avec eux de tempête en tempête. Ils survivent grâce à ce qu’ils vous prennent au moment de la mort, et après, comme des sangsues. Chaleur, vie, âme, je n’ai aucune certitude. Dans le blizzard, on sent le monde des vivants, et sa chaleur, juste hors de portée. C’est ça le pire, savoir combien l’amour et la lumière sont proches.

Alors douze ans après, quand les habitants qui ont perdu un proche apprennent qu’une nouvelle tempête approche de Coventry, ils sont très inquiets. Même si certaines personnes cherchent à les rassurer ou à les prévenir, certaines personnes très étranges d’ailleurs, comme Angela, ex-maîtresse de Doug qui se fait tout à coup tendre et passionnée. Comme l’était Cherrie…

Christopher Golden sait installer un suspens. Il travaille ses personnages sur la longueur, prend le temps de les décrire dans leurs relations. Après le drame du premier hiver, le lecteur a quelques éléments pour comprendre ce qui se met en place et que les protagonistes refusent de voir dans un premier temps. S’il s’attend à des scènes horrifiques de jets sanglants sur la neige immaculée, il sera déçu : c’est plus de peur et de tensions psychologiques dont il s’agit sans effusions sanglantes démesurées.

SPOILERS

J’ai marché tout du long, même si je m’attendais à plus violent. Ce qui me déçoit un peu, après des personnages denses et intéressants, c’est l’aspect conventionnel du final. On nous dit (je résume à gros traits caricaturaux) que le remords est constructif, qu’à force d’amour et de courage, on finit par vaincre le pire, que la famille, ya que ça de vrai… le tout servi avec une victime sacrificielle pour faire bonne mesure. J’avais tendance à penser que les romans d’horreur et assimilés (qui sont la ligne éditoriale de la collection L’Ombre de chez Bragelonne), étaient bien plus mauvais genres que ça…

FIN DES SPOILERS

Une narration qui entretient une tension efficace, une ambiance frigorifiante qui crée une inquiétude à la fois naturelle et surnaturelle et des personnages fouillés : autant d’atouts qui m’ont faire lire Snowblind en une journée mais qui n’effacent pas une légère déception quant à la morale de tout ça…

 

Snowblind (Snowblind, 2014), Christopher Golden traduit de l’anglais (américain) par Benoît Domis, Bragelonne (L’Ombre), octobre 2014, 352 pages, 23€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

  • Lorhkan

    Arf, j’ai lu les spoilers, et qu’est ce que ce genre de conclusion peut m’agacer ! Typique américain…
    Dommage, sinon le pitch est intéressant, mais là…

    Question annexe : seras-tu présente aux Utopiales ?

    • Sandrine Brugot Maillard

      On ne compte plus les bons films/livres américains qui mériteraient de se terminer 10 minutes/pages plus tôt…
      Et non, je ne serai pas à Nantes. Mais je te souhaite de bonnes Utopiales !

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