Le casse du continuum – Léo Henry


Le casse du continuumIls sont sept. Sept spécialistes réunis pour former une équipe de choc, voire même l’Equipe, la seule et unique capable de réaliser le casse du continuum. Préciser de quoi il retourne gâcherait le plaisir. Car Léo Henry prend son temps pour nous dévoiler les enjeux de cette mission très spéciale. Non pas que le roman se traine, loin de là, mais il commence par présenter les personnages, les uns après les autres.

Et ces portraits ne nuisent en rien à l’action car chaque protagoniste est saisi dans une aventure, une mission impossible précédant leur rencontre. Ainsi sait-on à qui on a affaire. Pas à des femmelettes, même si les femmes sont plus nombreuses au sein de cette équipe atypique. Voici donc Vostok dans ses œuvres :

Vostok jeta ses flingues vides, en décrocha une autre paire grippée à ses flancs. Poussa du pied un extincteur dans la ligne de feu, qui péta aussitôt en gerbe de neige carbonique. Sauta à nouveau comme un diable de sa boîte. Courut contre les balles. C’était une danse terrible. Une poignée d’éclairs, jetés en vrac. On la voyait surgir et disparaître. Un paquet de cervelle giclait contre les masques.

Il y a bien des femmes plus féminines dans l’équipe, mais elles n’en sont pas moins dangereuses. Des enfants aussi, très bizarres, un amoureux transi par ailleurs as de la cambriole, son collègue et sa dulcinée.

Tout ce monde-là vit dans le vaste dominion d’Hermopolis Magna, dont les quatre piliers sont l’Empereur, le Conseil, la Guilde et les Frères Noirs. Cet Empire est borné par une intelligence artificielle, le Noun, qui tient aussi lieu de dieu, si on y croit. Et malgré ces caractéristiques et son éloignement, les recoins et bas-fonds de cet univers nous sont étrangement familiers :

La Cantina était une des tavernes les plus pouilleuse de Radamante, planète elle-même peu avare en trous crasseux. Des rebuts humanoïdes, usés par la gnôle et la petite fumée, y macéraient dans la fosse à vidange. L’éclat triste de lampes crapoteuses révélait des grimaces et des chicots esseulés. Pour le reste, on entendait beugler.

L’écriture de Léo Henry, très visuelle, nous rappelle des lieux et situations croisés à la faveur de quelques films, pas tous inoubliables. Clichés de films d’action, scènes de carnage, rades puants et humour viril : autant d’éléments qui pourraient faire fuir s’ils n’étaient assumés et utilisés au mieux.

Hyper-vitaminé, efficace dans son genre mais pas forcément tout public (faut aimer la castagne !).

Léo Henry sur Mes Imaginaires

 

Le casse du continuum. Cosmique fric-frac, Léo Henry, Gallimard (Folio SF n°479), mars 2014, 292 pages, 7.40€

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