Adultes

Le système D – Nathan Larson

Le système DQue les amateurs de livres (et de films) d’action se réjouissent : avec ses tueurs, ses mafieux et ses gros flingues (jusqu’à deux pas personne), Le système D de Nathan Larson est fait pour eux.

Le narrateur s’appelle Decimal Dewey, faute de mieux. Comme de juste, il vit dans une bibliothèque et aime lire. Mais c’est dans la bibliothèque de New York dévastée qu’il crèche, et qu’il tente de réorganiser d’après le fameux et très obsolète système de classement. Le système D du titre c’est donc celui de Dewey, mais aussi celui de la débrouille. Parce que pour vivre dans ce New York-là, faut pas avoir les deux pieds dans la même basket, même Nike.

On ne saura pas grand-chose sur les Événements du 14 février qui ont vu divers bâtiments exploser à travers la ville. On n’en voit que les conséquences : une ville quasi déserte où les gens vivent sous des tentes, où les nantis bien sûr organisent encore des réceptions car la corruption et le meurtre règnent en maîtres.

Au départ, il semble bien fragile le simili bibliothécaire. Limite on se demande pourquoi le procureur s’adresse à lui pour flinguer un gars de la mafia serbe. D’ailleurs, il s’y prend comme un manche (le mafieux ne veut pas le suivre dans la rue quand il l’accoste, c’est dingue ce qu’ils sont malpolis ces types…) et finit par débarquer chez lui pour interroger sa femme, Iveta. Sauf que manque de bol, ils sont séparés depuis un bail. Pas super renseigné le tueur, qui se fait tirer dessus par la belle…

Alors on l’aime bien ce Decimal, surtout parce qu’il a un bagout pas possible, beaucoup d’humour et d’évidents problèmes psychologiques. Graves les problèmes. En plus d’être amnésique (il se souvient d’avoir été soldat, puis soigné pour des syndromes de stress post-traumatique), il souffre de troubles obsessionnels compulsifs : du genre à se laver les mains cent fois par jour, à tourner toujours à gauche jusqu’à midi et à toucher une clé porte-bonheur. Sinon, grosse panique. C’est ça aussi le système D, ce qui lui permet de tenir.

Au final, ce type n’est qu’un salaud de plus, de ceux qui tuent n’importe qui pour de l’argent, le type qui se trouve sur son chemin et qui l’empêche de passer. Bref, un vrai dégueulasse. Bien emballé, c’est certain, mais quand même. J’aurais instinctivement tendance à balancer le livre avec mon dégoût pour de tels types. Et puis je me dis que c’est vraiment fort de la part d’un écrivain de susciter de telles émotions chez le lecteur. La peur, la joie, le rire sont finalement des sentiments qu’on trouve  assez souvent dans les romans. Mais ce Decimal, il est juste écœurant, d’autant plus que son baratin le présente a priori comme sympathique.

Je serais bien incapable de lire la version originale de ce roman, mais la traduction de Patricia Barbe-Girault me semble très bien restituer la verve paranoïaque et violente du narrateur.

 

Le système D (The Dewey Decimal System, 2011), Nathan Larson traduit de l’anglais (américain) par Patricia Barbe-Girault), Asphalte, juin 2014, 251 pages, 21€

 

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