Les Carnets de Darwin – Runberg et Ocaña


1860. Charles Darwin a déjà voyagé, écrit, révolutionné le monde scientifique et bousculé les fondements de la religion. C’est un scientifique contesté mais aussi reconnu. C’est pourquoi le premier ministre en personne fait appel à lui pour résoudre certains « incidents » qui se sont déroulés sur les chantiers de constructions de chemin de fer d’un de ses amis, sir Dickinson.

1 – L’œil des Celtes

Voilà donc Darwin dans le Yorkshire sur les lieux d’un massacre : des ouvriers et des chevaux étripés, lacérés par un prédateur inconnu. On organise des battues, l’armée surveille les lieux mais d’autres crimes surviennent. On parle de griffus, d’hommes-sauvages ; on accuse la communauté néo-druidique venue s’installer non loin de se livrer à des invocations contre nature…  Aidé de la fille de sir Dickinson, Suzanne, Darwin ne peut que reconnaître son incapacité à nommer l’agresseur. Mais est-il vraiment à même de le faire ? Est-il bien le grand scientifique universellement connu ? Il semblerait qu’il soit en proie à l’intempérance et à la luxure et par ailleurs doté d’une force hors du commun.

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2 – La mort d’une bête

Tandis que Darwin est l’hôte de Dickinson au passé colonialiste, les attaques se multiplient et les habitants de York s’en prennent à la communauté néo-druidique. Celle-ci ne semble d’ailleurs pas exempte de tout soupçon puisque le leader invoque certains dieux anciens pour se venger. Darwin quant à lui ne va pas mieux : il boit et fornique tant et plus, se fait tabasser dans la rue et… quitte sa chambre la nuit pour…

Les carnets de Darwin

3 – Double nature

On découvre beaucoup de choses sur la véritable nature de Charles Darwin dans ce troisième et dernier volume de la série. Comme quelques autres êtres humains, il porte en lui une double nature que depuis des années il essaie de maîtriser, en particulier par l’excès de boisson. Le serviteur indien de sir Dickinson est comme lui et se propose de l’aider à se dominer. Mais le naturaliste est capturé par un groupe d’hommes qui eux aussi se transforment. Ils s’appellent entre eux les Dominants et estiment être une forme supérieure de l’être humain. Au sommet de l’évolution, ils ont décidé de ne plus vivre dans la clandestinité et avoir Darwin dans leur camp est un atout capital.

Les Carnets de Darwin fonctionne par contrastes : contrastes entre l’Angleterre victorienne corsetée et les scènes de carnage, entre le Darwin connu et le fauve qui vit en lui. Par révélations également : on ne voit rien de la bête dans le premier tome, un peu plus dans le deuxième et elle est au centre du troisième. Eduardo Ocaña semble d’ailleurs prendre un grand plaisir à dessiner geysers de sang et membres amputés. Les viscères aussi. Et il faut bien avouer que certaines scènes sont assez horribles. Le dessinateur espagnol maîtrise parfaitement la suggestion des corps ; les visages ont de même une belle expressivité. La précision du dessin est soulignée par de très puissants jeux de lumière. La restitution du décor victorien, qui plait tant aujourd’hui, contribue largement à la réussite de la série.

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Sylvain Runberg et Eduardo Ocaña s’emparent de la théorie darwinienne de l’évolution pour la pousser dans ses retranchements les plus fantastiques. Existe-t-il une race supérieure d’humains ? Qu’adviendrait-il si, cruelle et sanguinaire, elle régnait sur toutes les autres ? Au-delà du divertissement très sanglant, on s’interroge sur la notion d’être évolué : l’humain le plus évolué est-il celui capable de dominer ses semblables et de les soumettre par la force ou bien celui qui peut maîtriser ses pulsions les plus puissantes ?

 

Les Carnets de Darwin, Sylvain Runberg (scénario), Eduardo Ocaña (dessin) et Tariq Bellaoui (couleur), 3 volumes (série terminée), Le Lombard, 2010 à 2012

 

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Prenna, seize ans et héroïne de Ici et maintenant, est différente : elle n’est pas incurable, ça n’est ni une extraterrestre ni une wonder woman, elle vient d’un autre temps. Dans les années 2090, la Terre est devenue invivable, ravagée par la peste du sang portée par les moustiques. Famine, maladie,…
Que les amateurs de livres (et de films) d’action se réjouissent : avec ses tueurs, ses mafieux et ses gros flingues (jusqu’à deux pas personne), Le système D de Nathan Larson est fait pour eux. Le narrateur s’appelle Decimal Dewey, faute de mieux. Comme de juste, il vit dans une bibliothèque…

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2 commentaires sur “Les Carnets de Darwin – Runberg et Ocaña

  • Guillaume Stellaire

    Ma curiosité m’y poussera, c’est sûr, car on y croise Darwin. Après je ne sais pas trop si j’accrocherai : j’ai déjà du mal avec la série « esprits criminels » ! Tout dépendra des graphismes, s’ils me séduisent assez pour faire passer le tout.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Bon, tu risques d’être surpris : ce Darwin-là n’est pas précisément celui qu’on connait… Mais sans vouloir pousser trop loin l’interprétation, il y a quand même de quoi réfléchir sur les races supérieures et les dominants (un peu le même genre de problématiques que celles soulevées dans Riverdream de George Martin).