Des enfants trop parfaits – Peter James


Des enfants trop parfaitsUn bébé sur mesure : grand mais pas trop, intelligent, sociable, généreux et ouvert sur les autres. Ou un battant qui fera fortune histoire de prendre sa revanche sur l’histoire familiale. On peut (presque) tout imaginer. Ce que Naomi et John voulaient à la base, c’est un enfant en bonne santé, non porteur du syndrome qui a coûté la vie à leur premier enfant, à quatre ans. Le docteur Dettore, qui officie off shore pour éviter la loi américaine leur propose bien plus, mais ils tiennent bon et ne choisissent d’améliorer qu’une douzaine de capacités pour leur futur fils, parmi les milliers proposées.

Rien ne se passe comme prévu et la première surprise, alarmante, c’est que Naomi attend des jumeaux et non un fils. Si le professeur Dettore, mort subitement d’un accident d’hélicoptère en pleine mer, a pu se tromper sur un point aussi simple que le nombre d’enfants, qu’a-t-il raté d’autre ? Naomi et John vont rapidement se rendre compte que leurs enfants sont différents, très différents, voire inquiétants. Hyper intelligents mais aussi cruels, ils ne tissent aucun lien affectif ou social avec qui que ce soit.

Et le lecteur de s’inquiéter : ces deux anges blonds vont-ils se lasser de leurs parents au point de les trucider ?  Car il apparait clairement que ces deux-là ne vont pas pouvoir passer leur vie au fin fond de l’Angleterre, qu’ils sont dénués de tout sentiment et que l’attitude de leurs géniteurs leur pèse alors qu’ils n’ont biologiquement que trois ans et s’intéressent à la physique des particules.

L’intrigue se tisse plus autour d’un suspens familial et psychologique que d’un thriller scientifique : ce sont ici les conséquences de manipulations génétiques qui entretiennent le suspens. D’autant plus que les « enfants » du professeur Dettore (tous des jumeaux) sont poursuivis dans le monde entier par une secte dont les membres souhaitent lutter contre les avancées de la science qu’ils jugent contraires à la loi divine. Le lecteur suit avec compassion le destin de Naomi et John, les victimes de l’histoire, manipulés de A à Z. Malgré tout, leur naïveté à l’égard de leurs enfants agace un peu parfois. Car on se dit que le savant fou a créé une race supérieure pour assouvir quelques desseins personnels inavouables.

Heureusement, Peter James est plus malin que ça, et on le sait depuis Comme une tombe, si épatant suspens maîtrisé de bout en bout. Des enfants trop parfaits n’est pas aussi abouti, comporte quelques longueurs, mais nous emmène ailleurs que là où on pensait aller, ce qui est bien plus stimulant qu’une énième condamnation des dérives de la science.

Peter James sur Mes Imaginaires

 

Des enfants trop parfaits (Perfect People, 2011), Peter James traduit de l’anglais par Raphaëlle Dedourge, Fleuve Editions (Fleuve Noir), mars 2014, 548 pages, 20€

 

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7 commentaires sur “Des enfants trop parfaits – Peter James

  • Lorhkan

    Comme je ne suis pas un grand fan de thriller, je ne suis pas sûr que ça me plaise vraiment, mais le problème soulevé par le roman pourrait bien être d’actualité un jour ou l’autre… Et du coup, entre un savant fou et une secte anti-science, c’est plutôt pas mal vu de ne pas proposer des méchants très méchants face à des gentils très gentils (§hormis les parents sans doute…).

    Et je suis allé voir ton article sur « Comme une tombe », et là… Ça doit être terriblement flippant ! Un pitch digne du grand Stephen King de « Cujo » ou « Jessie » ! Pour le coup, c’est tentant !

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ce que j’ai craint au début, c’est l’aspect trop parfait des parents en fait : souffrants, unis, aimants, à l’américaine (unis, on s’en sortira). Mais le portrait s’affine en cours de roman, le suspens s’installe bien, voire même l’angoisse autour de ces gamins qui mettent vraiment mal à l’aise. Et la fin est surprenante.
      Mais comme tu as pu le lire, Des enfants trop parfaits n’atteint pas mon enthousiasme pour Comme une tombe un excellent suspens vraiment très prenant : on est dans la tombe avec le gars, voilà.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je viens d’aller lire ton billet. Effectivement, il y a certains points communs. Dans le roman de Peter James on est surtout beaucoup axé sur les parents qui perdent les pédales face à leurs enfants. Et la fin est surprenante.

  • Baroona

    Je me suis fait la même remarque que Cornwall, le pitch de base fait vraiment penser au livre de Nancy Kress.
    Le développement a l’air par contre bien différent (heureusement ^^), sans pour autant me tenter.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Il y a pas mal de passages obligés dans ce roman : on s’attend à beaucoup de choses qui arrivent en effet. Là où Peter James réussit son coup, c’est qu’il travaille vraiment en profondeur la psychologie de ses personnages et installe une ambiance vraiment inquiétante. Et, sans en dire trop, la fin ne nous oriente pas vers un préchi précha sur les dérives de la science, comme on pourrait s’y attendre aussi, et ça c’est vraiment très fort.
      Bienvenue ici Baroona, ça me fait plaisir 🙂