Jeunesse

Le monde des Sinks – Jean-Luc Marcastel

Le monde des SinksEt si la fantasy se trouvait sous nos pieds là, tout près… Plutôt que d’imaginer un autre monde, ailleurs dans le temps ou l’espace, Jean-Luc Marcastel choisit de se pencher sur un univers des plus riches et souvent méconnu : celui des insectes. Et si des hommes deux fois plus petits que des fourmis devaient survivre dans une prairie tout ce qu’il y a de plus ordinaire : qu’adviendrait-il d’eux et de la société, comment s’organiseraient-ils ?

Vincent a bien compris la mission et il l’accepte : miniaturisé, il doit se rendre sur les lieux de « l’incident Janken » qui il y a vingt ans fut à l’origine de la disparition d’un village et de tous ses habitants. Dans ce laboratoire de recherche en technologie de pointe travaillait le père de Vincent, peut-être à l’origine de l’incident. Depuis des années, Vincent est entraîné pour cette mission très spéciale pour laquelle il ne bénéficie que d’un temps très limité.

Mais peut-on être assez entraîné pour survivre à l’immersion dans un monde aussi déroutant que celui des Sinks (à prononcer « cinq », comme les doigts de la main) ? Certes, Vincent constate qu’il s’agit d’humains mais leurs mœurs étranges le déroutent et le scandalisent parfois. Notamment le sort des femmes réduites à l’état de reproductrices et régulièrement violentées par des mâles affublés de parures insectoïdes. D’autant plus que Vincent n’est pas une machine : il prend fait et cause pour certains Sinks qui l’ont aidé et se trouvent menacés, et n’est pas insensible aux charmes d’une certaine jeune fille. Les ennemis de ses amis devenant ses ennemis, il se fait quelques alliés et se taille des inimitiés qui vont mettre du sel dans son aventure.

Le premier volume de la série Praërie ne manque donc ni d’action ni d’originalité. Le mystère qui entoure les activités du laboratoire disparu est un autre ingrédient qui soutient l’attention du lecteur. Pour peu qu’il s’intéresse de près ou de loin aux bousiers, scolopendres, papillons et autres « grouillepinces », l’affaire est faite. Ce qui retient particulièrement mon attention, c’est le soin apporté par Jean-Luc Marcastel aux relations sociales chez les Sinks, à la réflexion qui sous-tend l’élaboration des lois et tabous dans un système donné. Ainsi comprend-on par quels mécanismes les femmes peuvent être en quelques générations réduites à l’état de ventres.

On l’aura compris : le bonheur n’est pas dans le pré.

Jean-Luc Marcastel sur Mes Imaginaires

 

Praërie – 1 : le monde des Sinks, Jean-Luc Marcastel, Scrinéo, juin 2014, 445 pages, 16.90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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