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Le voyageur – James Smythe

« Seul dans l’espace » pourrait être le sous-titre de ce roman de James Smythe qui fait partie de la première salve de la nouvelle collection des éditions Bragelonne. La solitude, c’est ce que suggère la couverture, et ce que révèle d’emblée le narrateur, Cormac Easton : tous les autres membres de l’équipage sont morts, il ne reste plus que lui. Seul, infiniment seul, et pour très longtemps.


David Bowie – Space Oddity

Cormac Easton essaie de s’en sortir. Journaliste, il n’a aucune idée du fonctionnement de ce vaisseau mais compte sur sa technologie pour faire marche arrière, comme prévu, dès que les jauges de carburant seront à mi-réserve. Quand il constate que l’Ishiguro poursuit son chemin loin, très loin, la panique s’installe. C’est que cette mission hyper médiatisée devait envoyer des hommes et des femmes plus loin qu’aucun être humain n’est jamais allé. Pousser les limites de la découverte, du monde connu. C’est ce qu’on leur a dit. Quand il comprend qu’il n’y a plus d’espoir, Easton décide de faire exploser le vaisseau.

Mais ça ne va pas suffire pour faire face à l’immensité, à l’éternité et à la solitude.

VoyageurCormac Easton se remémore les différentes étapes qui l’ont mené à ce voyage. Ses espoirs, la sélection, la formation, sa liaison d’une nuit avec Emmy, le médecin psychologue du bord. Et Elena, sa femme. A travers de nombreux flash-back, il raconte la décadence de son couple, torpillé par cette mission.

La science-fiction a décliné le genre « enfermé dans un vaisseau » sur bien des modes, l’horrifique ayant mes préférences. Le Voyageur joue plutôt sur le mode psychologique avec un homme face à ses choix et à son passé. Il faut dire qu’avec un narrateur prénommé Cormac et un vaisseau nommé Ishiguro, James Smythe place la barre littéraire très haut. Désolation et nostalgie sont au rendez-vous et cette narration triste et désenchantée donne son charme au roman. Perdu dans le temps et l’espace, Cormac Easton n’est plus lui-même, est trop lui-même, voire dépossédé au nom d’autres possibles tous aléatoires.

Difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop. Il suffira de dire que Le Voyageur se fait parfois répétitif mais construit un personnage blessé, prisonnier de la vie dans un roman qui emprunte peu au genre science-fictif et qui pourra donc plaire aux réticents, s’il en est…

 

Le voyageur (The Explorer, 2013) de James Smythe traduit de l’anglais par Claude Mamier, Bragelonne (L’Autre), avril 2014, 348 pages, 20€

 

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