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Notre fin sera si douce – Will McIntosh

notre fin sera si douce« A quoi ressemble l’amour quand le monde tombe en morceaux » ? Vaste question que se pose Will McIntosh dans Notre fin sera si douce. Le titre aurait dû m’inquiéter… ou au moins la phrase mise en exergue sur la quatrième de couverture : « Peut-on trouver l’amour lorsque la fin du monde approche ? ». Je rassure les inquiets, la réponse est oui.

J’ai cru d’abord à une blague, une sorte de parodie de roman sentimental. Alors au début je l’ai bien pris. Et ensuite plus du tout. Jasper, le narrateur, est amoureux de Sophia. Mais Sophia est mariée à Jean-Paul et ne veut pas le tromper. En tout cas pas en acte. Mais elle ne se prive pas d’envoyer des textos enflammés à son Jasper : « Je t’aime tant. J’ai pensé à toi toute la journée. Je mourrais pour toi. De la poésie pure ». C’est Jasper qui évalue ainsi les capacités poétiques de sa Louise Labé du XXIe siècle. Mais bon, soyons indulgente, son monde est en crise.

Alors comme c’était mon jour de bonté, j’ai continué avec le chapitre deux : « Ma maman m’avait appris à ne pas voler ». Bon. A ce stade (page 53), on peut se demander quel âge a Jasper. La trentaine. Bon, si vous ajoutez à ça que la Sophia en question est Noire, vous acquérez une sournoise  impression de guimauve consensuelle qui, à vrai dire, vous laisse au bord de l’overdose. Comme quand on force trop sur le Dragibus. D’ailleurs Jasper se sent lui aussi tout barbouillé :

Je me sentais bien entre ses bras. Beaucoup trop bien. J’ai senti une décharge électrique familière, un papillonnement dans l’estomac.

Aussi intéressant que soit le livre, je ne peux pas apprécier (j’ai quand même lu les 367 pages en question). Et Notre fin sera si douce traite pourtant de thèmes intéressants : la lente désintégration de la société capitaliste, la possibilité de fuir artificiellement et définitivement dans un bonheur factice, le retour à la vie nomade… Mais franchement, le style  est bien trop sentimental et naïf pour moi. J’ai essayé d’en rire, mais même ça, ça finit par être lassant.

Notre fin sera si douce (Soft Apocalypse, 2011), Will McIntosh traduit de l’anglais (américain) par Michel Pagel, Fleuve Editions, mars 2014, 367 pages, 19.90€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

13 Comments

  • Cachou

    Tu me rassures. Je l’ai lu hier. Je m’attendais à un truc cynique avec ce Docteur Bonheur, pas à… ça. Dire que tant de concepts intéressants sont abordés. Et aussitôt oubliés. C’est frustrant. Déception pour moi aussi, à laquelle je ne m’attendais pas du tout, j’étais toute partie pour l’aimer ce livre.

    • Sandrine Brugot Maillard

      Moi aussi j’étais partie pour l’aimer ce livre, sur la foi d’un avis très élogieux. Mais dès les premières pages, j’ai compris que si ça continuait dans ce style-là, ça n’allait pas être possible entre lui et moi. Quelles niaiseries ! Un vrai ratage car en effet, certains thèmes sont intéressants et cette catastrophe lente, à hauteur d’homme et non plus sur le mode de la destruction rapide et massive était vraiment un bon point de départ…

      • Math.

        Je me permets de dire, que c’est peut être un roman… D’adolescent, j’ai 15 ans et Jadooore ce livre…
        Ça doit dépendre de la mentalité. Bon c’est pas du Maupassant mais lire ça un soir de pluie dans sont lit c’est vachement agréable *-*

        • Sandrine Brugot Maillard

          J’aimerais beaucoup avoir à nouveau 15 ans pour tenter l’expérience un soir de pluie du fond de mon lit… Merci Math pour cet avis.

    • Sandrine Brugot Maillard

      Oui, c’est toujours ça. Si j’avais pu rire aussi en lisant, ça aurait été parfait, mais j’ai trainé ce livre pendant presque une semaine…

  • Wintrebert

    J’espère que tu pleures à cause du contenu de ce roman, Sandrine, pas de sa forme. Parce qu’elle est justement en parfaite adéquation avec le contenu. C’est un récit en « je ». Tu écris « le style est bien trop sentimental et naïf pour moi », mais le héros lui-même est sentimental et naïf ! Ce qui me rassure un peu, c’est que je ne t’imagine pas une seconde masochiste. Tu lis bien trop de livres pour ne pas jeter très vite un roman qui ne t’intéresserait pas, or tu as quand même lu celui-là jusqu’au bout, hum ? 🙂

    • Sandrine Brugot Maillard

      Oh oui, j’ai tout lu. Et je suis pourtant à peu près certaine que dans deux mois il ne m’en restera rien du tout. Je ne peux pas accrocher avec un personnage aussi bête. Et je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’utiliser un style simpliste parce que le personnage l’est. Moi en tout cas, ça m’use et ne me porte pas du tout à l’indulgence.
      Je crois que Bruno a aimé aussi, ça me surprend sincèrement mais ça me ravie aussi car ça laisse envisager de sacrées délibérations 😉

  • Wintrebert

    Sentimental et naïf, oui. Bête, je ne trouve pas. Loin de là. Il sauve quand même sa peau, voire celle des autres un paquet de fois. Dans le monde où il vit, quelqu’un d’idiot n’aurait aucune chance. C’est un survivant pas mal doué. Et face à cet univers qui s’écroule autour de lui, et qui pourrait bien nous pendre au nez, je trouve sa naïveté plutôt rafraîchissante.

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