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Horizon vertical – K.W. Jeter

Horizon verticalAxxter est un graffex indépendant qui travaille à la surface du Cylindre. Sans relâche, il propose ses services aux clans guerriers qui désirent dessiner ou remodeler les tatouages qui signent leur appartenance et effraient l’ennemi. Mais le client est rare et Axxter est sans cesse aux abois. Il filme des séquences qu’il tente ensuite de vendre à Info-Express, la seule chaîne d’information indépendante.

Quand débute Horizon vertical, il filme les ébats sexuels de deux anges dans le ciel. Plus tard, alors qu’il découvre le théâtre encore chaud d’une scène d’affrontements à l’intérieur du Cylindre, il en filme les restes et envoie le tout à son agent. Pour un salaire de misère. Alors quand peu après, son agent lui annonce que le Peuple de Dévastation le veut pour un boulot, c’est l’euphorie.

Car le Peuple de Dévastation est le deuxième clan guerrier du Cylindre, et donc le premier concurrent du Cruel Amalgame qui règne au Sommet. Il a un graffex attitré, la compagnie MortElec, mais souhaite s’offrir les services d’un indépendant pour une commande exceptionnelle et originale : créer une icône de mort implantée dans le nouveau megassassin du clan et réaliser une fresque sur un des guerriers qui retrace l’histoire complète du clan.  Cette commande laisse Axxter entrevoir la fin de ses soucis financiers et le début d’une renommée… cylindrique.

Car le monde d’Horizon vertical se réduit à un cylindre. Il y a l’intérieur et l’extérieur. A l’intérieur les besogneux, les éternels exploités ; à l’extérieur les indépendants et les clans guerriers. A l’intérieur, le monde horizontal ; à l’extérieur, le vertical. Comme le laisse très bien imaginer la superbe couverture, la vie à la surface du cylindre n’est possible qu’arnaché, agrippé, rivé à la paroi sans fin du Cylindre.

Alors quand Axxter va devoir se transformer en James Bond pour échapper à la horde du Peuple de Dévastation en furie, la course-poursuite prend des allures d’exercice pour équilibriste. On envisage cependant plutôt bien la chose, grâce aux descriptions. Ce qui n’est pas le cas de l’environnement général. On ne saura pas pourquoi, depuis quand et comment les hommes vivent dans et sur cet unique cylindre. Ce qui est assez frustrant.  L’organisation sociale qui s’y dessine peu à peu fait pourtant frémir, et on se dit qu’Axxter paie bien cher une indépendance qui ne lui sert qu’à toujours courir après l’argent.

On s’interroge sur ces clans guerriers qui n’ont pour unique activité que de s’entre-tuer. D’autant plus qu’il ne semble pas y avoir d’instance étatique, d’autorité autre que la terreur qu’ils font régner. Au nom de quoi ? Et si c’était le règne de la violence absolue ? Les derniers rejetons d’une humanité tellement obnubilée par la guerre qu’elle est devenue l’alpha et l’omega du monde connu ?

Il est surprenant de voir qu’Axxter se balade avec l’équivalent de Google Glass : il y lit les renseignements que lui envoie Info-Express après recherches, toujours payantes. Info-Express qui détient le monopole de l’information (après élimination des concurrents, imagine-t-on) et peut donc en faire ce qu’elle veut. SF ?

Ceux qui aiment qu’un livre soit un tremplin pour leur propre imaginaire seront ravis à la lecture d’Horizon vertical : Jeter fournit si peu d’explications qu’on peut imaginer beaucoup. D’autres s’en trouveront frustrés. Mais se réjouiront du personnage d’Axxter, pas franchement aimable, plutôt râleur, opportuniste et égocentré : humain. Certains passages sont franchement drôles, d’autres difficiles à ordonner suivant les lois de la physique, d’autres enfin vraiment poétiques. De la bonne SF américaine des années 80.

K.W. Jeter sur Mes imaginaires

 

Horizon vertical (Farewell Horizontal, 1989), K.W. Jeter traduit de l’anglais (américain) par Pierre K. Rey, J’ai Lu (Science-fiction), 317 pages

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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