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Station 16 – Hermann & Yves H.

Savez-vous où se trouve la Nouvelle-Zemble ? Pas seulement dans l’imagination des Hermann père et fils, même si celle-ci compte pour une bonne part dans le scénario de Station 16. Car la Nouvelle-Zemble existe bel et bien, quelque part au nord de la Russie. C’est là-bas que les Soviétiques effectuèrent quantités d’essais nucléaires, 220 officiellement, pour un total de 265 mégatonnes de bombes (dont 57 pour la Tsar Bomba, le 30 octobre 1961). Autant dire que la région a été durablement marquée. Aujourd’hui, il n’y reste plus que quelques gardes. Des gardes ? Mais pour surveiller quoi ? Yves H. explique dans un dossier final comment il a été intrigué par cette présence en regardant un reportage sur cet archipel arctique.

Station 16 planche

Quatre soldats sont de garde dans cette région désolée. Pour toute distraction, ils lancent des caillasses aux ours blancs. Alors quand Grigori, la nouvelle recrue, capte un message de détresse en provenance de l’ancienne station météorologique désaffectée, le sergent Voronine n’hésite pas : il se rend sur place en hélicoptère avec trois soldats dont Grigori. Ils font le tour des vieux bâtiments et constatent leur abandon. Ils sont brusquement pris dans un phénomène lumineux, semblable à une aurore boréale. Dès lors, tout change.

Les baraquements sont entretenus, propres à l’intérieur. Il y a même des armoires vitrées contenant des bocaux remplis d’organes humains… Certains bocaux portent d’ailleurs le nom de Voronine… Bientôt, des hommes surgissent, résolument hostiles…

Station 16 planche 2

Essais nucléaires, appels de détresse, créatures embusquées : je pensais à des mutants, bêtes ou hommes irradiés devenus peu présentables, bref, du déjà vu. Mais les Hermann choisissent une autre voie, plus complexe, aux implications multiples qui permettent entre autres de faire passer le jeune Grigori pour fou. Ah ces Russes, ils ne changeront jamais…

A partir d’un schéma assez traditionnel, les Hermann développent une intrigue dont le suspens tient la route. Ces soldats russes qui se marrent bien en buvant de la vodka, on se dit qu’ils vont déchanter rapidement. Un pas puis l’autre, l’hélicoptère pris dans une tempête bizarre, la base désolée mais inquiétante, l’angoisse monte doucement mais surement, la violence vient ensuite, puis l’étrange et le carrément bizarre. L’horreur ne tarde pas, bistouri à l’appui.

A ce sympathique scénario s’ajoute un dessin hermannien en diable, dans la lignée de Jeremiah, maîtrisant l’expressivité des visages comme les espaces russes ravagés et les intérieurs inquiétants.

Station 16
Pour regarder le documentaire qui a inspiré Station 16 à Hermann : tout y est bien flippant, à la mode soviétique !

 

Station 16, Hermann et Yves H., Le Lombard (Signé), janvier 2014, 58 pages, 14.45€

 

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