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Urban 1 : les règles du jeu – Brunschwig & Ricci

Urban les règles du jeuGrâce à un graphisme fourmillant de détails, Roberto Ricci plonge immédiatement le lecteur du premier tome de la série Urban Les règles du jeu dans l’univers étonnant d’Urban imaginé par Luc Brunschwig. Urban, c’est la ville bien sûr, mais c’est surtout un monde nouveau pour Zach Buzz qui quitte sa campagne pour devenir flic à Monplaisir, « le dernier endroit où ça rigole dans la galaxie » : 300 000 hectares pour 18 millions de visiteurs quotidiens.

Monplaisir est une vaste cité de jeux où les gens viennent s’amuser. Tout entière dédiée au divertissement de masse, la cité de Monplaisir n’est pourtant pas un paradis. Vols et crimes y sont régulièrement commis, c’est pourquoi elle a besoin d’un service de police, la régulation des petits délits étant confiée à des drones.  Le sémillant coach Springy Fool, maître du lieu, prend en main la formation de Buzz, qui après six mois deviendra Urban Interceptor.

Urban 1

C’est pas un causant Zach, il observe beaucoup et on sent bien que sous son air naïf de gros bien sympathique, il n’en pense pas moins. Le regard qu’il porte sur Monplaisir, c’est ce que Ricci nous donne à voir : la vacuité de toute cette mise en scène. Les couleurs verdâtres, à dominante de brun donnent un aspect très glauque à cette cité des plaisirs où il faut rire et s’amuser. Au détriment du personnel bien sûr, totalement instrumentalisé à l’image d’Ishrat, liftière et esclave sexuelle. Et des Urbans Interceptors eux-mêmes qui pour la gloire et le plaisir des téléspectateurs asservis se livrent à des chasses à l’homme mortelles.

Urban planche 001

A Monplaisir, il faut être heureux, il faut s’amuser, il faut regarder la télé, se déguiser, rire. On est surveillé, dirigé, canalisé  pour protéger le visiteur dit la propagande, mais surtout pour le contrôler. Ce que souligne le magnifique graphisme de Ricci, c’est la grimace plutôt que le sourire, le factice derrière le strass. Monplaisir se révèle être un cauchemar.

Urban 001

Télé réalité, divertissement à tout prix, exploitation des faibles, surveillance : Brunschwig ancre ce premier tome en 2059 et il n’a pas tort, c’est bien là qu’on va, vers une société du rire organisé ou tout le monde se doit de sourire sur les écrans, où la solitude et la mélancolie sont interdites. Le divertissement de masse est effrayant, le parc d’attraction fait frémir, juste à l’image de nos Disneyland et autre parc Astérix : ne pas apprécier, c’est être coincé, c’est bien connu.

Cet univers aussi riche que néfaste présente un contexte potentiellement intéressant pour la suite, un décor idéal pour des intrigues oppressantes.

Le tome 2Une interview de Roberto Ricci.

 

Urban – 1 : les règles du jeu, Luc Brunschwig (scénario) & Roberto Ricci (dessin et couleur), Futuropolis, septembre 2011, 51 pages, 13€

 

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