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Joseph Carey Merrick – Denis Van P

Tout le monde connait Joseph Carey Merrick, dont la vie fut superbement mise à l’écran par David Lynch dans Elephant Man en 1980. Le choisir comme sujet d’une première bande dessinée relève du défi car le lecteur a en tête des images indélébiles. Denis Van P parvient cependant à faire oublier son illustre prédécesseur, le temps d’une bande dessinée, en élargissant l’horizon d’attente du lecteur : la couleur plutôt que le noir et blanc, une grande importance accordée à l’enfance de Merrick et un format de mise en page original, peut-être en forme de clin d’oeil : celui d’images sur une pellicule.

Joseph Carey Merrick 1

Denis Van P ne choisit pas la facilité avec plusieurs récits emboîtés : Le Caire 1911, Londres 1884, Leicester 1869. Le lecteur reconstruit pourtant sans difficulté le parcours de cet homme que la variole a défiguré dès la naissance. Les parents ne sont pas des plus aimants, et les camarades de classe sont implacables. Comme le seront tous ceux qui croiseront la route de sa triste jeunesse, même les plus miséreux : Joseph Carey Merrick n’est le frère de personne, nul ne se reconnait en lui, c’est un monstre.

C’est pourquoi il choisit de s’exhiber dans des foires. Puis sa route croise une première fois celle du professeur Frederick Treves, anatomiste. Quelques années encore de souffrance sur en Europe, et la vie de Merrick change auprès du professeur qui le prend en pitié.

Joseph Carey Merrick 2

Matériellement, les vignettes se détachent désormais sur un fond blanc, alors qu’il était noir jusque là. Elles se font plus narratives alors que le calvaire de Merrick reposait essentiellement sur le dessin. Peu de mots sont en effet nécessaires pour résumer ce parcours de souffrances et de marginalité. Denis Van P emprunte à la tradition de l’enfant maltraité, le cas extrême de Merrick faisant de lui une victime désignée. Son martyre est d’autant plus injuste que « Joseph ne mérite pas de subir ces tourments, car son âme est belle« , explique l’auteur en fin d’album.

Denis Van P a donc eu raison de s’entêter et d’aller au-delà des refus des éditeurs traditionnels de bandes dessinées. C’est grâce à un financement participatif des internautes via le site Sandawe (qui est aussi l’éditeur) que Joseph Carey Merrick a pu voir le jour. Bonus très intéressant pour ceux qui s’intéressent à l’élaboration détaillée d’une bande dessinée : l’album fournit un code qui permet de télécharger en ligne le scénario commenté de Joseph Carey Merrick.

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Joseph Carey Merrick, Denis Van P assisté de Serge Perrotin & Thierry de Faymonville (couleurs) Sandawe, mai 2013, 70 pages, 16.95€

 

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