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Stalker – Arkadi et Boris Strougatski

StalkerArkadi et Boris Strougatski sont sans doute les auteurs de science-fiction russes les plus célèbres, et Stalker, pique-nique au bord du chemin leur roman le plus connu (même si la collection Lunes d’encre s’emploie à rééditer aujourd’hui leurs textes), grâce à une adaptation cinématographique signée Andreï Tarkovski. Ecrit et publié en U.R.S.S. au début des années 1970, le roman aurait pu être une dénonciation politique, ce qu’il n’est pas. Ce qui domine dans Stalker, c’est l’onirisme triste, sur le mode du polar.

Ils sont venus puis repartis, les extraterrestres. Sans chercher à communiquer, encore moins à envahir, comme pour un pique-nique au bord du chemin à travers la galaxie. Les endroits où ils se sont arrêtés sont devenus des zones de recherches scientifiques mais aussi des lieux d’intenses trafics. Des hommes, les stalkers, y pénètrent et ramènent des objets dont personne ne connait l’utilité ou la dangerosité. A la mode ou précédés d’une réputation magique, ils font l’objet d’un marché noir lucratif pour lequel ces hommes prennent d’énormes risques. A court terme car la Zone semble piégée mais aussi à long terme car les dommages causés sur le métabolisme des stalkers ne sont pas immédiatement évidents. Ainsi Redrick Shouhart, en partie narrateur de ce roman, est-il le père d’une enfant anormale. Mais la convoitise et l’esprit de compétition motivent ces têtes brûlées.

En lisant Stalker je pense à Extraterrestrial, film espagnol d’extraterrestres de Nacho Vigalondo sans le moindre extraterrestre, qui tout simplement mesure l’impact de la visite de formes de vie non identifiées sur notre monde (sur un mode humoristique dans le cas de Extraterrestrial). Et s’ils existaient ? Et si, déjouant tous nos plans, ils ne faisaient que passer ? Et si nous ne les intéressions pas plus qu’une crotte d’oiseau sur un banc public ? Il faudrait revoir la place de l’homme dans l’univers… Le thème prend dès lors un angle original, que renforce le ton très roman noir adopté par les frères Strougatski.

Au-delà du thème de la Visite, c’est celui de la science qui domine ici. Les hommes s’emparent d’objets dont ils ignorent tout, les utilisent à leur gré sans souci leur toxicité. On expérimente, on expose, on détourne même loin de tout principe de précaution. Et des hommes risquent leur vie, celle de leur famille pour ces mirages. Redrick Shouhart affronte le danger, l’inconnu et la mort, il fait de la prison. Pourquoi ? Affronter la mort, le vide ? Se dépasser ? Le stalker est un personnage complexe, un profiteur sûrement, mais peut-être aussi un sage, de ces clairvoyants qui regardent la fin d’un monde et s’y trouvent une place dangereuse mais rentable, juste avant la fin du bonheur.

Si la Visite est un signe, gageons qu’il est celui de la fin de l’innocence et de la suprématie humaine et que le stalker est le seul à le savoir.

Un article du Monde à l’occasion de la mort de Boris Strougatski en 2012.

 

Stalker, pique-nique au bord du chemin (Пикник на обочине, 1972), Arkadi et Boris Strougatski traduit du russe par Svetlana Delmotte, édition définitive établie par Viktoriya Lajoye, Gallimard (Folio SF n°462), septembre 2013, 302 pages, 7.20€

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