La 5e Vague – Rick Yancey


La 5e VagueLa romance est un genre qui fonctionne bien depuis déjà quelques années. En matière de littératures de l’Imaginaire, le succès de Twilight a ouvert la voie à nombre d’histoires d’amour entre vampires et mortelles. On a eu la version zombie avec Vivants. Dans La 5e Vague, c’est au tour des extraterrestres. On s’attend au pire et pourtant, Rick Yancey se sort haut la main d’un scénario casse-gueule grâce à une intrigue qui se focalise beaucoup plus sur l’identité des jeunes protagonistes, sur la nature de l’invasion qu’ils doivent affronter, sur l’enchaînement des événements que sur une histoire d’amour qui n’est au mieux qu’anecdotique.

Un vaisseau est apparu dans le ciel et pendant dix jours, rien ne s’est passé. Les humains vivaient le nez en l’air en s’agitant, s’interrogeant, revoyant toutes leurs certitudes concernant les extraterrestres, même s’ils se croyaient prêts à une invasion de soucoupes volantes. Puis a déferlé la première vague qui a exterminé un demi-million de personnes en quelques secondes. La deuxième a rayé de la carte toutes les villes côtières et leurs habitants en une journée. La troisième a exterminé 97% de ceux qui restaient. Lors de la quatrième, ils ont débarqué, mais qui sont-ils ? Où sont les petits bonhommes verts gluants ? Qu’en est-il de la 5e Vague ?

Quand le lecteur rencontre Cassie, seize ans et Ben Parish, même âge, ils sont donc en passe d’être les tout derniers êtres humains sur Terre. Ils savent que les ennemis de l’humanité cherchent à les tuer, mais ils ne savent pas à quoi ils ressemblent.  Petit à petit, il devient clair qu’ils ressemblent… à des êtres humains. Dès lors, comment faire pour distinguer l’ami de l’ennemi ?

Rick Yancey construit son roman sur la perception, la difficulté de comprendre l’autre, le trouble identitaire et la différence. Sujets classiques en matière de littérature adolescente traités dans La 5e Vague de façon originale à travers le thème pourtant rebattu de l’invasion extraterrestre. C’est que Rick Yancey construit un suspens efficace qui plonge le lecteur dans une incertitude égale à celle des protagonistes. Parmi tous les humains, lesquels sont des extraterrestres, lesquels ne le sont pas ? A qui faire confiance ? On croit savoir, et puis non. C’est que ces extraterrestres nous surveillent depuis bien longtemps, ils nous connaissent et nous singent parfaitement. Au point d’en devenir humains pour certains ?

Suivant les points de vue alternés de Cassie et Ben (il ne la connaît pas mais elle a flashé sur lui au lycée, comme toutes les autres filles), le lecteur de La 5e Vague  d’abord déconcerté est projeté au cœur de l’action. C’est Cassie qui prend en charge le récit des événements passés sur un rythme assez lent dynamisé par son ironie et sa volonté de vivre pour sauver son petit frère qu’elle a confié à des soldats inconnus. Elle rencontre Evan Walker, qui a lui aussi survécu à sa famille et vie retiré en forêt. Mais qui est Evan Walker ?

Rick Yancey trouve le ton exact pour faire parler Cassie. Par conséquent, on croit en son existence, en ce qu’elle raconte. On a peur pour elle et même avec elle et son humour fait mouche, même dans les situations les plus extrêmes. C’est une indéniable réussite qui fait de La 5e Vague un roman plus réaliste que science-fictif, d’autant plus que les extraterrestres sont humains. On est dans un récit de fin du monde aux tonalités parfois très sombres, les envahisseurs employant pour se débarrasser des humains les méthodes radicalement efficaces des nazis, en faisant comme eux travailler leurs victimes. Ce sont des enfants qui se chargent d’empiler et trier les cadavres avant incinération, ce qui n’est pas anodin et donne à La 5e Vague un fort impact émotionnel et idéologique. La romance est alors bien secondaire, et c’est tant mieux.

Par conséquent, La 5e Vague n’est pas un roman aussi léger que pourraient l’espérer certains lecteurs, ou plutôt lectrices. Rick Yancey prend soin de ne pas expliquer clairement les intentions des envahisseurs, et évitant le manichéisme, il oblige le lecteur à déterminer lui-même, si possible, où est le Bien et où est le Mal (et si les choses étaient tout simplement plus compliquées…). Il faut aiguiser son attention, reconstruire les événements passés, comprendre le contexte pour partager les dilemmes des protagonistes, laisser s’installer enjeux et tensions. Bref, tout ne commence pas sur des chapeaux de roue pour continuer tambour battant. La 5e Vague est aussi un roman d’ambiance, le premier d’une trilogie.

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La 5e Vague (The 5th Wave, 2013) Rick Yancey traduit de l’anglais (américain) par Francine Deroyan, Robert Laffont (R), mai 2013, 594 pages, 18.50€

 

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7 commentaires sur “La 5e Vague – Rick Yancey

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      A mon avis, c’est parce qu’il ne s’inscrit pas tout à fait dans les codes du roman américain pour ados, il est un peu différent sur plusieurs points, ce qui fait son originalité parmi les nombreux titres qui paraissent.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ceux-ci ne sont pas repoussants, ni gluants, mais bigrement déterminés on dirait et surtout, terriblement froids et calculateurs. On ne sait pas encore exactement ce qui les motive, ça n’est pas plus mal.

  • Acr0

    Je n’en avais pas entendu parler avant qu’une amie (la bloggeuse Mutinelle) m’en parle. Je ne m’étais même pas rendue compte qu’il avait été attendu comme le messie pour une certaine partie de la bloggosphère. Elle m’a juste dit « cela devrait te plaire ». Et elle a bien fait. Comme à mon habitude, je n’ai pas lu le 4e de couverture, c’était la totale découverte. J’ai apprécié l’histoire mais est définitivement plus pris plaisir à lire les parties où Zombie est le narrateur.
    Il y a juste la couleur des pastilles qui m’a fait tiqué et mis la puce à l’oreille;) (je ne veux pas spoiler en commentaire)

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Il faut croire que chez Robert Laffont, ils savent entretenir le buzz : un livre tant attendu alors que rien de l’auteur n’est paru avant, c’est étonnant, c’est efficace. Heureusement, ce titre-là vaut vraiment le coup, pas aussi simpliste qu’on pourrait le croire.