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La flamme chantante – Clark Ashton Smith

Clark Ashton SmithLes éditions Actes Sud choisissent de rééditer dans leur collection « Un endroit où aller », un texte de Clark Ashton Smith, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne défraie pas la chronique. Pari osé donc que de proposer La Flamme chantante, un texte complexe qui semble ne jamais épuiser les interprétations possibles.

Dans un court avant propos, Philip Hastane explique la façon dont il a découvert le journal de son ami Giles Angarth, écrivain porté disparu depuis un certain temps. La première partie reprend le récit d’Angarth qui se fait narrateur, sous la forme d’un journal, de sa très étrange aventure. Alors qu’il se promène, il découvre un passage vers une autre dimension. Après une chute impressionnante, il arrive dans une contrée peuplée de créatures étranges et dominée par une forteresse au centre de laquelle brûle la flamme chantante. Son chant irrésistible pousse bien des créatures à se jeter dedans. Pour s’assurer de sa découverte, il revient ensuite avec un ami peintre, Ebbonly, qui se précipite dans la flamme chantante. Au moment où s’achève son journal, il retourne vers elle et pense ne jamais revenir.

Dans la seconde partie de cette nouvelle de Clark Ashton Smith, c’est Philip Hastane qui devient narrateur et raconte comment il a suivi les indications de son ami Angarth et rejoint lui aussi cette autre dimension et la flamme chantante. Mais au moment où il arrive, Ydmos, tel est le nom de la ville, est menacée par les Mondes Extérieurs grâce à une guerre intergalactique à la puissance destructrice sans commune mesure. Précipité lui aussi dans la flamme chantante, Hastane retrouve Angarth et Ebbonly qui lui expliquent qu’ils ont trouvé refuge dans la Dimension Intérieure « qui attire à elle les rêveurs, les idéalistes, et les emporte au loin dans ses chimères… ».

De là à voir dans cette Dimension Intérieure un paradis pour créateurs, il n’y a qu’un pas. En effet, la mystérieuse flamme chantante attire irrésistiblement les artistes qu’elle charme par la perfection des visions qu’elle provoque. Elle leur fait entrevoir un monde auquel ils ne peuvent qu’aspirer et pour lequel ils sont prêts à s’immoler. L’état qu’ils atteignent ensuite dans la Dimension Intérieure touche à la perfection. Et ne peut donc que déchainer l’ire des matérialistes et autres tenants de l’utilitarisme à tout crin.

Wonder Stories, juillet 1931
Wonder Stories, juillet 1931

Ce que dessine Clark Ashton Smith dans cette nouvelle, c’est tout simplement la mort de l’esprit créateur, de l’imagination et plus loin de la culture en général sous les assauts du rendement, de la nécessité objective et du profit. Il existe une dimension où l’on peut réfléchir, rêver, imaginer ou tout simplement s’évader du monde tel qu’il est : l’imagination. Elle est en train de céder, de disparaitre sous les assauts violents d’une société moderne qui ne sait que faire des improductifs et autres rêveurs.

L’écriture hallucinée de Clark Ashton Smith rend compte de cette destruction violente sur un mode métaphorique

On peut lire ici le texte original de cette nouvelle.

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La flamme chantante (The City of the Singing Flame, 1931), Clark Ashton Smith traduit de l’anglais (américain) par Joachim Zemmour, Actes Sud (Un endroit où aller), novembre 2013, 107 pages, 14€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

5 Comments

  • Jérôme Favier

    Friand de cet auteur visionnaire , injustement méconnu, sous évalué et trop rare en langue française, je vous remercie pour cet article qui me donne l’espoir de voir son oeuvre enfin rééditée.
    Bravo également pour l’interprétation allégorique de cette nouvelle, qui au delà d’une énième quête d’absolu du poète, instille une critique lucide et ironique typique de ce génie avant-gardiste.Peut être peut on y déceler une thématique sous-jacente à toutes ses productions, celle d’une désillusion décomplexée , d’une clairvoyance propre à ceux qui s’affranchissent des frontières invisibles qui nous enserrent tous. Il demeure un des derniers et des seuls à ménager pour ma part un passage vers le merveilleux.

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