Zombies ! – Jovanka Vuckovic


Jovanka VuckovicAprès un avant-propos de George Romero lui-même, l’introduction pose un constat : « En dépit de leur parfum ignoble et d’un goût vestimentaire désespérément ringard, ils ont réussi à sortir de leur trou pour se frayer un chemin dans le cœur des vivants du monde entier. De films en jeux vidéo, de comédies musicales en bandes dessinées, et jusqu’aux « marches des zombies » pratiquées à travers toute la planète, le mort vivant s’est définitivement imposé comme le monstre mythique préféré de la culture populaire grand public. ».

Côté littérature, pas d’œuvre fondatrice, mais des allusions à divers revenants assimilables. Le mot lui-même ne s’imposera qu’à la fin des années 20, les zombies de Lovecraft n’étant jamais nommés ainsi. Pour Jovanka Vuckovic, le zombie n’accède à la littérature que dans les années 90, suite à la publication  de l’anthologie Book of the Dead de John Skipp et Craig Spector. Mais le véritable raz-de-marée commence avec le Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks. Dès lors le zombie se conjugue sur tous les tons (dont l’humour avec par exemple Le Sot de l’ange de Christopher Moore), et accèdent même à la conscience au grand dam des puristes.

Mais à ses débuts, c’est au cinéma que les zombies font actualité, alors que le film d’horreur américain naît en fanfare.

Tout commence dans les années 30 avec White Zombie des frères Halperin, très ancré dans ses origines haïtiennes qui ne firent pas long feu, supplantées par le savant fou. Bientôt, le zombie devient un personnage comique, virage qui donne lieu à de nombreux nanars insipides. Il faudra attendre les années 60 pour le cinéma offre à nouveau aux zombies une belle résurrection avec cadavres en décomposition. Notons L’Invasion des morts vivant du britannique John Gilling en 1966 avant en 1968 le film de Romero, La Nuit des morts vivants, « le film de zombies le plus réussi et le plus révéré de tous les temps ». Très mal accueilli par la critique à sa sortie (on l’a qualifié « d’orgie intégrale du sadisme »), il est aujourd’hui inscrit au Registre national des films de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Il inaugure le zombie cannibale et se détache de la notion d’esclaves ou de créatures manipulées.

S’ouvre alors l’âge d’or du zombie au cinéma avec des réalisations espagnoles (Amando de Ossorio et ses moines zombies aveugles), britanniques puis italiens dans les années 80… et un « sous-texte subversif » propre à critiquer valeurs et ordre social. On voit alors de tout sur les écrans en matière de zombies, même le mime Marceau incarnant un marionnettiste qui manipule les morts-vivants… jusqu’au trash européen, incluant le porno zombie. Et le gore comique. Un marché florissant qui profite dans le monde entier de la vidéo VHS.

Dead Alive

Qu’on me permette une parenthèse personnelle. Evil Dead (Sam Raimi, 1981) est le premier film d’horreur que j’ai vu. Chez une amie. Cachée derrière le canapé tellement j’étais terrorisée (et bien jeunette). Ça doit être pour ça que je n’en ai pas compris l’humour que souligne Jovanka Vuckovic : « Raimi soumet le public à un assaut continu de blagues toutes plus crades les unes que les autres, servies par d’ingénieux mouvements de caméra, le tout sur fond de morts vivants qui rient bêtement et même d’un arbre violeur, de sorte que le rire et l’angoisse se mêlent admirablement ». J’étais bien trop occupée à cacher ma peur pour rire de ces démembrements en règle… Alors pensez donc, quand Michael Jackson a débarqué avec ses zombies bien proprets et si bons danseurs, j’étais vaccinée…

Après une décennie putride, les spectateurs étaient gavés de zombies. Il faudra attendre quelques années pour qu’ils renaissent à nouveau au top de leur forme, notamment au Japon grâce d’abord à un jeu vidéo sur PlayStation : Resident Evil, puis à toute une série de films. L’adaptation américaine  et ses « quatre suites tout aussi dépourvues d’intelligence et éminemment rentables » ont installé le zombie dans la culture populaire. Pour répondre à l’engouement, suites et remakes ont envahi les écrans.

Jovanka Vuckovic consacre un chapitre aux zombies dans les jeux vidéo, aux zombies dans la musique, dans les comics et se penche sur le phénomène (mondial) des Zombies Walks. Petite déception : les pages consacrées aux zombies sur le petit écran ne contiennent que treize lignes sur la série The Walking Dead.

Zombies

Il va sans dire que Zombies ! Une histoire illustrée des morts vivants donne des envies. Des envies de zombies sur tous les tons, les genres, les pays. Jovanka Vuckovic passe en revue l’essentiel et le superflu et suscite la curiosité. De plus, l’ouvrage est riche de multiples illustrations toutes plus dégoutantes les unes que les autres. Affiches improbables drôles ou dégoulinantes, superbes photos tirées de films, zombies plus ou moins putréfiés : de quoi se réjouir les yeux. J’aurais juste aimé un peu plus d’analyse du phénomène actuel, de ses implications. Pourquoi un tel enthousiasme autour des zombies aujourd’hui et qu’est-ce que cela traduit ? Si l’ouvrage explicite comment le phénomène zombie est omniprésent aujourd’hui il n’explique pas pourquoi.

Un article dans Le Monde des Livres.

 

Zombies ! Une histoire illustrée des morts vivants (Zombies ! An Illustrated History of the Undead, 2011), Jovanka Vuckovic traduite de l’anglais par ?, Hoëbeke, octobre 2013, 176 pages, 24.90€

 

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