Adultes

Où cours-tu mon adversaire ? – Ben Bova

Ben Bova Où cours-tu mon adversaire ? est une longue nouvelle de Ben Bova qui me permet de découvrir la collection « Dyschroniques » de l’éditeur Le Passager clandestin. Cette dernière « exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limites », écrit Philippe Lécuyer, directeur de collection. En l’occurrence, cette nouvelle de Ben Bova date de 1969 ; elle a été traduite pour la première fois en français en 1973.

Après quinze ans de cryogénisation, les membres d’un groupe de scientifiques se réveillent au moment d’approcher la planète de type terrestre Sirius A-2. Géophysicien, biochimiste, géologue, biologiste mais aussi médecins et psychiatre, tous ont choisi cette mission au long-cours car elle est censée apporter des informations sur la planète Titan et les mystérieux bâtiments extraterrestres qui s’y dressent : à quoi servent-ils ? Qui les a construits, quand et dans quel but ? Sirius, planète proche de Titan et ressemblant à la terre pourra peut-être fournir des informations sur Titan dont l’exploration a traumatisé plus d’un scientifique.

Sydney Lee, anthropologue, est un de ceux-là. Aussi quand  l’équipe détecte la présence d’humanoïdes sur Sirius, décide-t-il d’entrer en contact avec eux. Peu nombreux, ces êtres mènent une vie très rudimentaire dans des grottes. S’ils accueillent globalement bien Lee, certains se méfient de cet inconnu surgi de nulle part : et s’il était un des Autres, de ceux qui jadis ont anéanti leur civilisation…

Ecrit quelques mois avant le premier homme sur la Lune, cette nouvelle traduit l’engouement des Américains pour l’exploration spatiale : l’espace comme nouvelle frontière, infinie sans doute, propre à enflammer les imaginaires les plus débridés. Mais Ben Bova, lui-même scientifique, ne s’enflamme pas pour les empires intergalactiques ou les petits bonhommes verts gluants. Il choisit de rester proche de l’humain, tout d’abord en créant une ambiance inquiétante avec ces mystérieuses tours sur Titan, infranchissables et vrombissantes. Leur mystère poursuit Lee, le motive aussi à découvrir l’identité des êtres vivant sur Sirius. Avec Ardraka et les quelques représentants de son peuple, c’est encore un avenir ou un devenir de l’humanité qui reste au cœur du propos.

La rencontre attendue avec l’Autre n’a donc pas lieu, c’est plus à un choc des civilisations qu’on assiste, encore que pas bien violent car le format ne s’y prête pas. C’est plus la possible fin de l’humanité qui est en jeu, par autodestruction, ce qui souligne le pessimisme scientifique de Ben Bova. Pour apprécier ce texte, il faut se souvenir qu’il date de 1969 (grande année pourtant…), c’est-à-dire avant des romans bien plus complexes sur le sujet.

Je trouve intéressant de lire ce genre de textes aujourd’hui, de pouvoir y accéder facilement dans une version non poussiéreuse. Le livre lui-même est de petit format et de belle présentation, avec cinq pages finales présentant l’auteur et le contexte de rédaction. Agréable à manier pour les irréductibles du format papier. Cependant pour huit euros, on aimerait que cette centaine de pages ne comporte pas les coquilles typographiques qu’on y trouve.

Si vous désirez avoir sous la main quelques bonnes et longues nouvelles de science-fiction, anglo-saxonnes ou françaises, cette collection est une alternative (malheureusement onéreuse en nombre) aux recueils dont les contenus sont parfois hétéroclites.

Ben Bova sur Mes Imaginaires

 

Où cours-tu mon adversaire (Foeman, where do you flee ?, 1969), Ben Bova traduit de l’anglais (américain) par Ben Zimet, Le Passager clandestin (Dyschroniques), juin 2013, 110 pages, 8€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

  • Lorhkan

    Je commence à m’intéresser de près à cette collection qui offre en effet l’avantage de remettre en lumière certains « vieux » textes courts de qualité.
    Seul problème : son prix. Entre 6 et 8€ la novella de 100 pages maxi, ça fait un peu beaucoup, même si papier et présentation sont agréables…

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