Adultes

L’encre et le sang – Thilliez & Scalese

Thilliez-Scalese.jpgWilliam Sagnier aurait pu être un bon écrivain. Si sa maîtresse et éditrice Cassandra Brandström ne lui avait pas piqué son manuscrit pour le refiler à son autre amant, Jack Malcombe, il aurait connu la gloire dont se repait maintenant le faussaire, à sa place. Bien décidé à se venger avant d’en finir avec sa vie ratée, William arrive à Hong Kong où les amants sont en tournée de promotion. C’est au fond d’un bouge minable que son destin croise celui de celle qui l’attend : une vieille machine à écrire à laquelle il manque la lettre G. A la phrase écrire sur la feuille déjà insérée, « I’m Yours », il ajoute « William Sa » car il ne peut écrire son nom en entier. Et le voilà devenu William Sa, définitivement.

Il ne tarde pas à comprendre que tout ce qu’il écrit sur la machine advient effectivement. Il peut faire pleuvoir, faire taire les klaxons, créer des embouteillages ou des catastrophes. Et bien sûr, il peut même se venger de son éditrice et de l’écrivain à succès. C’est facile, mais la présence d’un homme au visage bandé portant lunettes de soleil et chapeau inquiète le démiurge malfaisant qu’est devenu William.

On pense à la série Death Note  en lisant cette longue nouvelles de Thilliez et Scalese, mais aussi à Wilde et son Portrait de Dorian Gray. Car William se transforme, il change de peau, perdant l’ancienne, celle de l’homme bon qu’il fut avant de ne plus se consacrer qu’à sa vengeance. Parce qu’il a souffert, il décide de faire souffrir, sans aucune commune mesure : plus il fait souffrir et plus il aime ça. S’il est ici question du pouvoir de la création, de la créature devenu créateur, il est aussi question de la jouissance du mal.

Franck Thilliez et Laurent Scalese, auteurs de polars, choisissent des thèmes assez classiques pour s’adonner ensemble au fantastique : la fiction qui devient réalité (et le pouvoir thaumaturgique qui va avec), l’écrivain dépassé par sa création (bonjour Stephen King), l’incarnation du Mal. Ils ne passent cependant pas la porte de l’horreur, quelques scènes s’y prêtant pourtant, de même que l’ambiance hongkongaise et le personnage du flic créé pour faire souffrir selon les clichés du genre. Peut-être que le format n’est pas adapté à certaines descriptions et que les auteurs ne souhaitaient pas emmener trop loin leur lectorat habituel.

Il y avait matière à faire bien plus précis, plus psychologiquement fouillé, mais les auteurs s’en sont tenus au texte bref plus divertissant que mémorable. Beaucoup d’action, quelques coups de griffes au monde de l’édition, et un peu de frustration pour une idée, certes pas très originale, mais qui aurait mérité d’être développée, enrichie, peaufinée. Densifiée, serait le terme exact.

L’encre et le sang, Franck Thilliez et Laurent Scalese, Pocket, juin 2013, 118 pages, 2.90€

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